une aventure peu convenable

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Illustration de Umberto Brunelleschi

Cette intervention parle d’une aventure.

Le matin, le matin de prière, le matin plus bel à dire, le gyrovague au sanctuaire la lumière va quérir, la lumière va quérir.

Il vit prier trois robes noires aux pieds d’une statue, puis vint prier dedans sa gloire la dame la plus belle, la dame la plus belle.

Elle a raccourci la distance, les yeux devers le sol, disant : viendras-tu dans ma chambre, prendre mon coeur au vol, prendre mon coeur au vol ?

Je n’irai pas, ce ne peut être, ma vie est en péril, car vous portez la bague d’un maître, celle de Shagua le subtil, celle de Shagua le subtil.

La chose est vraie ou bien est fausse, le dire n’est pas facile, mais Shagua doit bénir les chausses du roi des barbares à la ville, du roi des barbares à la ville.

Viens donc, viens donc dedans ma chambre, nul ne verra ta face, tu seras trop servi, que diantre ; la nuit, que veux-tu qu’on fasse, la nuit, que veux-tu qu’on fasse ?

La licorne ouvrait ses oreilles à ces tendres discours, avant le retour du soleil, au fil des routes elle court, au fil des routes elle court.

Ainsi elle court et elle s’envole, sautant les perrons de marbre, ni ne s’asseoit ni ne picole qu’aux pieds du seigneur subtil, qu’aux pieds du seigneur subtil.

Quoi donc, quoi donc, ma grande licorne, quelles nouvelles apportez ? Le peuple a-t-il passé les bornes, les plombs a-t-il pétés, les plombs a-t-il pétés ?

Pas de malheur en vos terroirs, répondit la licorne, mais le gyrovague ce soir vous fait avoir des cornes, vous fait avoir des cornes,

Le seigneur appelle ses disciples à marcher avec lui, disant : c’est trop indescriptible, et ma bonne humeur m’a fui, et ma bonne humeur m’a fui.

Le seigneur parmi ses disciples en avait un qui était trop pur, qui cria d’une voix terrible à faire éclater les murs, à faire éclater les murs.

Quoi donc, quoi donc, dit le gyrovague, qui fait frémir les murs ? c’est le seigneur, c’est pas une blague, de la rencontre n’ai cure, de la rencontre n’ai cure.

Dors encore, mon petit gyrovague, laisse pas mon coeur froidir, c’est juste un gars qui fait une blague afin de nous divertir, afin de nous divertir.

Le gyrovague dormit une heure dans l’aube rosissante ; il ouvre un oeil, et le seigneur au pied du lit se présente, au pied du lit se présente.

Comment vous va, mon gyrovague, comment aimez-vous mon plumard, comment la femme qui porte ma bague, qui vous prodigua son art, qui vous prodigua son art ?

Moi, j’aime votre grand château, et j’aime aussi les draps de votre lit, mais la cerise sur le gâteau, c’est quand votre femme me sourit, c’est quand votre femme me sourit.

Sors de ton lit, toi le gyrovague, aujourd’hui on va se battre. Le monde prendra ça pour une blague, s’il ne voit ton cadavre, s’il ne voit ton cadavre.

Le gyrovague au même instant trépasse comme un seul homme, et voilà son réveil qui sonne, il n’avait plus sommeil, il n’avait plus sommeil.

Quelle aventure peu convenable ! Que ne suis-je un moraliste.