Autre chose que le jour (pour le maître Aragon)

oiseau

Un jour nous cesserons d’invoquer le sublime,
De croire à la grandeur de croire à des héros
Un jour nous cesserons d’élire des bourreaux
Pour qui la liberté n’est que source de crimes

Un jour reparlera le dieu Pan qui s’est tu
Avec un bel humour acquis dans son silence
Son âme près des cieux son coeur dans la balance
Et sans aucun effroi devant ce qui le tue

Un jour tu chanteras Bouddha en robe orange
Et tu nous laisseras t’embrasser sur le front
Un jour les prosateurs une muse aimeront
Devenue rossignol sur la plus haute branche

Les cygnes des jardins et les canards sauvages
Chanteront ces couplets posés sur nos genoux
Sachez que ces oiseaux sont des gens comme nous
Elle le sait déjà l’ondine du rivage

Je ne dis pas cela pour vous faire marcher
Nos frères emplumés sont amis de la Terre
Comme le sont aussi les loups et les panthères
Le duvet la toison nous aimons les toucher

Un jour tu chanteras ma Princesse d’Orange
Tu poseras ta main doucement sur mon front
Nous ne dirons plus rien car nous nous aimerons
Ou bien nous parlerons des choses qui nous branchent

Voyez la fin du monde est la fin des querelles
Et moi je ne saurais en être consterné
Je patiente sur Terre inutilement né
Comme le faisait Jean, berger des sauterelles

Comme faire aurait dû l’inventeur de la roue
Un jour viendra qui peut renverser les idoles
Qui sera de musique et non pas de paroles
Qui ne nous verra plus traverser dans les clous

Un jour vient qui fera de la Terre une orange
Nous aurons comme Pan des cornes sur le front
Les ondines du flot alors nous aimeront
Sous un nouveau soleil un astre à douze branches