Tag Archive: Rêve

Quatre océans de solitude

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Toile de Gauguin J’ai rêvé que j’étais sur une île déserte, Et que j’avais perdu, piètre navigateur, Mon navire aux récifs traîtres de l’Equateur. Sur l’île je faisais d’étranges découvertes. J’entendais discourir un arbre aux feuilles vertes Qui de toute pitance était distributeur, Et de livres aussi, faits par les bons auteurs ; Et pour dormir la nuit, il donnait des couvertes. Je vis un lac de rhum ambré aux belles plages. Il m’a suffi, d’ailleurs, d’errer sur son rivage, Respirant ses vapeurs, je fus ivre bientôt. Et dans ce double état de rêve et de délire, Mon cerveau mélangeait le meilleur et le pire, Jusqu’au brutal réveil ­­ sur le pont d’un bateau.

Quatre pas sur le sable

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Toile de Amy Davis Roth J’ai rêvé que j’étais étranger sur la Terre, Ne connaissant serpent, aviateur, ni renard. Je voulais m’éloigner avant qu’il soit trop tard Et refermer les yeux sur de trop noirs mystères. J’ai rêvé que j’étais, voyageur solitaire, Emporté dans l’espace aux mille astres blafards, J’ai rêvé que l’essaim de mes rêves épars Ne cessait de danser un ballet funéraire. Il est mort, désormais, l’éclat de ma jeunesse. J’ai vu aussi la mort de ma jeune sagesse ; Une voix m’avertit de celle du grand Pan. Le soir, de-çà, de-là, d’autres voix me parviennent. Cette vie que je vis, est-­ce vraiment la mienne ? Parfois je dis que oui, ou bien non… Ça dépend…

Un nuage

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Toile de Susie Barrow J’ai rêvé que j’étais devenu un nuage, Et je me nourrissais de photons savoureux Tout en accompagnant les vents aventureux Qui m’avaient éloigné de la mer et des plages. Tout était nouveauté, en ce premier voyage, La ville minérale ou le bocage ombreux, L’aigle en sa solitude ou les humains nombreux, Et les mille détails de chaque paysage. Mais ma force a décru, soudain, l’autre matin. Il manquait la moitié de mon corps de satin Et, presque à chaque instant, je perdais quelques grammes. C’est notre sort à tous, prenons-­le patiemment, Nuage pour toujours n’est pas au firmament, Aux jardins franciliens je déverse mon âme.

Un ermitage onirique

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Photographie de Hossein Zare J’ai rêvé que j’étais dans un exil lunaire Sous la forme d’un chat, posé sur le croissant, Voyant au loin la Terre et son jour finissant, Et les mers reflétant les derniers feux solaires. Mon coeur était rempli de joie crépusculaire. Le ciel autour de moi, tout en s’assombrissant, Se peuplait de lueurs tour à tour surgissant Et se rangeant autour de l’étoile polaire. Dans ce monde où régnait un éternel silence, Je pus épanouir ma native indolence, Sans regretter de trop l’absence de rongeurs. Réveillé ce matin, je suis loin de la lune, Mais j’y retournerai, si par bonne fortune Le même rêve advient en mon esprit songeur.

Encore un rêve

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Toile de Mati Klarwein J’ai rêvé. Je ne sais ce qu’en rêve j’étais, Peut-­être un animal, un végétal, un ange, Un nuage, un soleil, une machine étrange. Quelque part dans l’espace, une muse chantait. J’ai rêvé. L’univers, autour de moi, flottait. Un peuple de Gaulois buvait dans une grange. Un Bouddha dignement marchait sur l’eau du Gange, Et la cigale avec la fourmi complotait. J’ai rêvé que, sévère, assis à mon bureau, Je pratiquais l’humour à son degré zéro, Et que ça résultait d’un long apprentissage. J’ai rêvé que mon coeur se perdait dans le ciel Grâce au souffle attiédi d’un vent providentiel, Puis se laissait tomber, inerte, sur la plage.

Un hommage

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Photographie de Elina Brotherus En rêve j’entendis une chanson gitane Destinée au flâneur qui vers l’horizon fuit, Non pas loin du travail, non pas loin de l’ennui, Mais vers la dune où meurt la lueur océane. Son surmoi le poursuit, disant, tu es un âne, Et nul des deux ne voit où la route conduit. Il n’importe. Aussitôt que tombera la nuit, Adviendra cet instant où leur conflit se fane. J’écris ces quelques mots, bien posé sur mes fesses, Mon corps en écrivant nullement ne s’affaisse ; Je ne sais si ces vers passeront à l’oral. Or, des mots d’une amie, avoir été la cible, Voilà que monte en moi une humeur indicible : Le pur ciel de midi en devient sidéral.