Trois parachutes

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Photographie anonyme Le pissenlit d’avril offrit trois parachutes, Faisant, sous le soleil, voler trois acariens. Le premier atteignit les sables sahariens, Et, dans une oasis, devint joueur de flûte. Le deuxième acarien, que l’effort ne rebute, Fit des acrobaties dans le ciel sibérien. On l’a félicité, il a dit : « Ce n’est rien, Un puissant tourbillon m’a pris dans ses volutes ». Le dernier acarien a parcouru deux mètres Et s’est trouvé piégé au bord de ma fenêtre, Pris par une araignée avec du fil collant. Ce troisième larron fit le plus fier poème, Disant : « Sur mon tombeau, n’offrez nul chrysanthème ; Je reste, pour toujours, un acarien volant ».

Les soupirants

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Paul-Albert Laurens Le pape en son jardin veut recevoir la reine, Qui devenir papesse oncques ne souhaiterait. Plutôt avec l’ermite errer dans la forêt, Même au coeur de la nuit, puisque la lune est pleine. L’ermite reste froid devant sa souveraine, Pour ce qui vient du monde il n’a plus d’intérêt. Une cruche de vin capiteux et bien frais Suffit pour lui garder sa bonne humeur sereine. Mais moi, dit le héros, cette reine, je l’aime, Et je l’ai affirmé souvent dans mes poèmes. La reine a peu de goût pour les alexandrins. Alors notre héros s’enfuit dans la montagne, Une envie de rester seul pour un temps le gagne. La reine fait sa vie avec le fier Mandrin.

Nocturne

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Toile de Ford Madox Brown Le monde étrange du sommeil où luisent de sombres éclats foisonne de monstres pareils aux fantômes de l’au-delà Mais j’aime ce monde incertain et la noirceur de son… Continue reading

Trouble ronsardien

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Toile de Vilhelm Hammershøi Le miroir se regarde au feu de la chandelle. Il s’inquiète du jour finissant et filant Si précipitamment, en ayant l’air si lent. Il reconnaît pourtant que la journée fut belle. Ce qu’elle a de plus beau, c’est qu’elle est sans nouvelles, Nul n’aura le besoin d’en faire le bilan. D’où vient ce sentiment, tracas obnubilant, Fantôme du reflet d’une angoisse éternelle ? Le grand salon l’ignore, et, tranquille et dispos, Dans le soir ténébreux se prépare au repos. Le miroir garde en lui cette crainte accroupie, Envers qui la chandelle a montré du dédain. Allons, faut vivre avec, ça ira mieux demain, Obscures sont parfois les choses de la vie.

Une friche

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Peinture de Qian Xuan Le maître de ces lieux m’a confié son jardin, Je m’en suis occupé de façon nonchalante. La terre était fertile et fort belles les plantes, Mais mon goût du travail m’avait quitté, soudain. J’aimais voir la rosée briller dans le matin, Et glisser l’escargot dans l’oisiveté lente, Et dormir l’araignée dans les heures brûlantes. Je n’aimais pas creuser, ni me salir les mains. Ainsi ce beau jardin s’est transformé en friche. La mauvaise herbe y croît dans une terre riche, Mainte graine oubliée sous une pierre dort. Des flatteurs croiront voir une grande sagesse Dans ce qui n’a été qu’une simple paresse… Ah, je ne sais pas si je dois leur donner tort.

Une légende

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Toile de Max Ernst Le lièvre, un beau matin, s’unit à la girafe. La presse a commenté ce cas particulier. Le serpent et la taupe à l’église ont prié, Et l’on a convoqué les meilleurs photographes. L’ibis et le crotale offrent une carafe Pleine de bon vin rouge au prix de cent deniers Que généreusement avance un usurier ; Le cochon, un voyage à bord d’un bathyscaphe. La reine fit cadeau d’une partie du monde, Le hibou d’une chambre en la forêt profonde, Moi, poète, d’un chant que dit la voix du loup. La girafe et le lièvre à la sortie du temple Ont repris ce doux chant et leurs voix furent amples. Cependant ma chanson ne valait pas un clou.

Quatre thèmes

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Quadriptyque  Miranda Mehrer Le jardin et la croix, la plume et l’encrier, La salle et le comptoir, les grands auteurs de France : De ces quatre propos mon vers tire substance, Dans ces quatre sections, mes sonnets sont triés. Le jardin est celui qui vit Adam prier, La plume au fil des jours me conduit en errance, La salle est au conteur dans son exubérance, Les auteurs vont cherchant les mots appropriés. Tu dis que j’ai produit quelques vers déchirants Que l’on doit regrouper en un lieu différent, D’amour que refroidit le regard de Saturne ; Il est vrai que jadis ma plume a pu nourrir Cette étrange passion qui naquit pour mourir :… Continue reading

Les fous

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Gravure Bruegel l’Ancien Le fou jaune me parle, et veut que je lui dise Comment valoriser ses quelques inventions. Je lui dis de passer par leur divulgation, Mais il semble douter d’une telle analyse. Le fou mauve survient et veut que je précise Comment éliminer fantasmes et pulsions. Je lui dis de surtout relâcher la pression, Puisque « Tout va très bien, Madame la Marquise ». Au fou orange, un mot sur son métabolisme, Au fou rose un avis concernant les sophismes, Frappés, dans les deux cas, de la note « Zéro ». Concernant le fou rouge, il a un vrai problème, Alors, je lui dédie ce modeste poème ; Peut­-être vais-­je aussi lui offrir l’apéro.

Le dieu­-corbeau et le démon-­renard

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Gravure de Arthur Rackham Le fils du charpentier, sur sa croix accroché, Tenait entre ses dents le salut de ce monde. Le prince Lucifer, par le sang alléché, Vint voir cette souffrance à nulle autre seconde. Le crucifié trembla en voyant s’approcher Le dragon ricanant aux manières immondes, Qui lui dit : « Mon cousin, Dieu est­-il si fâché Que vous mouriez ici et que l’orage gronde ? » Oubliant qu’il fallait surtout serrer les dents, Le crucifié lui parle, et, de ce fait, perdant Les âmes dont il fut pour un temps le refuge, Les laisse dévorer par Maître Lucifer, Qui, le ventre bien plein, s’en retourne aux enfers, Souriant de lui­-même, et de son subterfuge.