Cosmologie barbare

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Toile de Christopher Walde Les astres vagabonds sont aimés des poètes, Surtout ceux dont le cours va vers un but fatal. Je les vois parcourir les voûtes de cristal Qui servent de barrière… Continue reading

le rire de la tortue

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Illustration : assemblage de Cochonfucius Les animaux du monde étant désemparés Par un fléau mortel, usèrent d’artifice Pour savoir qui d’entre eux mourrait en sacrifice. Chacun devrait sur l’heure une blague narrer A Madame Tortue, pour la faire marrer. Si la tortue riait, on aurait bénéfice De la vie ; de périr, sinon, par les offices D’un bourreau qui, dans l’ombre, était là, préparé. L’éléphant raconta. Point de rire. Il mourut. Or, plus d’un animal après lui disparut, Car la tortue, toujours, restait imperturbable. Quand vint le tour du singe, il tremblait de frayeur. L’écoutant, la tortue s’esclaffa de bon cœur : « Celle de l’éléphant! Elle était ! Impayable ! »

un campement rustique

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Toile de Tish Tish Les amoureux marchent pieds nus Au printemps dans une herbe tendre, Entourés de sons inconnus Qu’ils ont seuls à pouvoir entendre. Avant que le soir fût venu Ils ont trouvé de quoi s’étendre ; Les gestes longtemps retenus Sont accomplis sans plus attendre. Au lointain dorment les villages, Nul paysan au pâturage, Nul promeneur sur le chemin. A l’horizon dort la montagne. Dorment compagnon et compagne Ici, sans penser à demain.

Saint-­Jean d’été

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Toile de Angelica Gerih Le roi qui trop aimait son savoir sans saveur Sourit en recevant cette carte lancée Dans son courrier par la dame de ses pensées. S’il ne croit mériter une telle faveur, Il est réconforté d’une telle ferveur Et que se continue l’histoire commencée. Si son âme parfois est décontenancée, Si son esprit soudain en est rendu rêveur, Il suivra malgré tout l’aventureux chemin Qui va de chaque jour à chaque lendemain, Il suivra le tracé d’une absence de route, S’arrêtant pour dormir à l’ombre d’un buisson A l’heure où la forêt ne produit aucun son : Mais il entend celui de son coeur en déroute.

Les rois

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Peinture traditionnelle chinoise Le roi jaune a voulu obtenir la richesse, Je lui dis qu’il est bon pour un roi d’être nu. Le roi mauve a rêvé d’une histoire de cul, Je lui dis qu’il se doit d’agir avec noblesse. Le roi orange veut s’enfoncer dans l’ivresse, Je l’avertis du sort de ceux qui ont trop bu. Le roi rose inventa des gadgets de son cru, Je dis que là n’est point la divine sagesse. Le roi rouge veut être un puissant souverain, Je lui dis : « Ne sois pas ce monstre que l’on craint, Nous préférons les rois qui sont ce que nous sommes ».… Continue reading

Le rimeur

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Toile de Brueghel Le rimeur est heureux s’il croit avoir du style, S’il se sent souverain de la forme et du fond, S’il croit pêcher le sens à l’abîme profond ; Mais le sens, par nature, est chose plus subtile. Les mots ne savent prendre attitude servile, Assemblages entre eux par surprise se font, Se croire leur patron, c’est être leur bouffon, Peu leur chaut, en effet, de se savoir utiles. Ne les lance donc pas à coups de manivelle, Mais écoute leur voix toujours un peu nouvelle ; Avant que d’assembler, regarde les fragments. Ainsi qu’un échelon vers un beau théorème, Chaque vers contribue au bâti d’un poème, Comme, pierre après pierre, émerge un monument.

les douze animaux

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Peinture Yang Shanshen Le rat me garantit qu’il rongera la cage Où je suis prisonnier ; le boeuf veut bien tirer La charrue dans mon champ, le tigre déchirer Pour mon profit la peau d’un ruminant sauvage. Le lièvre me rapporte une fleur du bocage, Le dragon, des trésors qu’on ne peut qu’admirer. Le serpent vient danser afin de m’inspirer, Le cheval me conduit dans un bel attelage. Le mouton me procure un vêtement de laine, Le singe a dégotté une bouteille pleine, Le coq fait retentir son clairon dans le soir ; Le chien pose sur moi son doux regard fidèle, Le cochon me fait rire en draguant l’hirondelle, Puis les douze animaux s’en vont à l’abattoir.

un dimanche auprès d’une église

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Peinture chinoise === 张辛稼 Le printemps nous invite à des amours nouvelles Je n’ai jamais voulu t’installer en prison Ni construire une histoire ignorant la raison Hélas sur tes portraits comme je te vois belle Sous mon toit dans trois jours reviendra l’hirondelle Pour elle ce sera le temps de couvaison J’entendrai ses enfants égayer ma maison À toi j’aurais voulu pouvoir être fidèle Mais au bas d’une église on s’est dit au revoir Puisque notre aventure est vraiment sans espoir Nous entendions la cloche annoncer un baptême S’il est permis d’écrire un aveu laborieux S’il est permis d’écrire ici ce mot sérieux Princesse, je t’aimais, je t’aimerai, je t’aime

Amitié sur un forum

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pour Luciole Peinture de Sushi Sawaki Le prince apprivoisant son copain le renard Se sent de plus en plus chez lui sur cette terre ; Vague est le souvenir de la lointaine sphère Où une fleur l’avait subjugué par son art. Ainsi, quand notre vie prend un nouveau départ, Ce qui venait avant, nous voudrions le taire ; Mais fort heureusement, cela ne peut se faire : Barbe-­Bleue doit un jour ouvrir tous ses placards. Merci donc au forum qui m’a permis de dire En un sonnet par jour mon meilleur et mon pire, Et d’avoir eu patience, et d’avoir eu pitié. Le renard et le prince ont partagé leurs rêves, Ce qui à leur douleur a pu mettre une trêve ; Merci à qui me lit avec cette amitié.