La croix

by

Dessin de Dali Il fit sa propre croix le fils du charpentier Lui qui était fait pour citer les écritures Parcourir les chemins guérir les créatures Mais de son propre corps il n’a pas eu pitié Il en eut pour longtemps sur ce sacré chantier Le bois des oliviers est une essence dure Il ne savait à qui adresser la facture Au père et à l’esprit peut-­être par moitiés Construisant le moyen d’entrer dans le néant Et aussi d’édifier même les mécréants Par sa résignation et sa douceur parfaites Pour faire de l’esclave un homme moins craintif Pour réparer le tort du vieil Adam fautif Il accepta la mort qu’annonçaient les prophètes

Les plans

by

Toile de Dali Il fallait mettre en croix le fils du charpentier Pour que fût accompli le mot des écritures Pilate a donc jugé la pauvre créature Non sans lui prodiguer une vaine pitié Cependant de la croix l’inachevé chantier Trop inutilement offensait la nature Car même s’il avait encaissé sa facture L’artisan avait fait son dû moins qu’à moitié Seul était là un trou profond sombre béant Bien fait pour recevoir un pylône géant Mais vide défiant les foules stupéfaites Pilate interrogea les esclaves craintifs « De l’inachèvement qui donc est le fautif ? » « Maître, on attend les plans fournis par les prophètes »

Les compagnons

by

Toile de Foujita Tsuguharu Ici je ne dis pas la passion exclusive Mais le plaisir d’avoir des compagnons marrants Des compagnes aussi embellissant les rangs D’un groupe rassemblé pour les heures oisives . L’un produit une idée amusante incisive L’autre la continue sur un mode hilarant Un troisième lui donne un éclat différent L’écriture en effet peut être collective . Un forum certains jours est ainsi qu’une auberge Ou d’un frais ruisselet la séduisante berge Qui voit plein de copains venir et s’en aller. Mettre mes propres mots entre les mots d’une autre Voir émerger le son d’un poème le nôtre Combien de fois mon âme à ce jeu a brûlé.

Système solaire

by

­­ Toile de Kent Williams  Icare traversant les cercles planétaires Tantôt semble monter, tantôt se faire lourd. A la loi newtonienne il n’est pas vraiment sourd, Il ne sait pourtant pas s’en tenir à sa sphère. Mais ce corps qui nous semble infiniment précaire, Depuis déjà longtemps suit le même parcours ; Or, si nous le croisions, ce serait sans recours, Icare obscurcirait alors notre atmosphère. La vénérable horloge issue du fond des âges Fait fonctionner ainsi d’étranges engrenages, Voltaire a déliré, en parlant d’horloger.  Ne disons pas de mal des astres, des comètes, De ce brave soleil, ni, surtout, des planètes : Je me sens bien sur celle où nous sommes logés.

The Dark One

by

Photographie de Doisneau I am Cromwell the Dark, and I control Aquitaine’s old camel and the lost shrew. But my Memory is dead, my star­-struck head Brings King Gontran somber Melancholy. By opening a barrel, the King saved me, It was in Paris, Avenue d’Italie, Plonk is what pleases my destroyed soul, While the camel with the shrew does dally. Am I Cochonfucius ? Am I quite drunk ? My eyes are lost in the Queen’s dark green ones, My head resounds with the howling of monsters. I see the camel­-shrew waiting for food, And I can see the cook bringing a plate Of fried fish here, and a cup of coffee.

Troisième art poétique

by

Toile de Giorgio de Chirico Heureux qui peut reprendre une oeuvre très ancienne Et lui faire porter un contenu nouveau, Cherchant à faire mieux que ses nombreux rivaux Ou bien laisser chanter la voix qui est la sienne… La forme nous inspire et les contenus viennent (Et c’est surtout par eux que le poème vaut). On peut passer des nuits à ces plaisants travaux Qui nous font découvrir à quoi nos pensées tiennent. Un coup de nostalgie, la sagesse d’une huître, Le bonheur sans argent, l’escargot sur la vitre… Innombrables pour nous foisonnent les motifs. Le sujet est présent, prenons garde à la forme, Mais cela ne va pas être un effort énorme : Quand le plaisir l’excite, un esprit est actif.

Heureux qui comme une huître…

by

Toile de Vladimir Kush Heureux qui, comme une huître, oncques ne fait voyage, Et n’a plume sur soi, pelage ni toison, Et n’ayant de cerveau est pleine de raison Qu’elle use oisivement tout au long de son âge. Car les huîtres n’ont pas de bourg ni de village, N’allument cheminée en aucune saison, N’habitent aucun clos ni aucune maison, Ni aucune province ou fief, place ou baillage. Plus leur plaît leur séjour au couvercle ingénieux Que des logis humains le style prétentieux, Plus leur calcaire dur qu’architecture fine, Plus l’île d’Oléron que le Quartier Latin, Plus leur silence frais que tous nos baratins, Et plus leur lieu marin qu’une boîte à sardines.

La sirène

by

Toile de Herbert James Harper Heureux qui, comme Ulysse, entend, de la sirène, La voix ensorceleuse et les mots de velours : Dans ses nuits et ses jours, elle sera sa reine, Le joug de Pénélope en deviendra moins lourd. Une fois de retour à sa patrie sereine, La mémoire du roi évoque tour à tour La course du navire à la forte carène Et les femmes ailées lançant leur chant d’amour. Pour tiède que lui soit la douceur du foyer, Il est quand même heureux de n’être pas noyé Dans l’eau glacée, au pied d’une falaise sombre. Pour navrante que soit la routine des soirs, Des rêves colorés dansent sur ce fond noir ; Ulysse est pour toujours amoureux de cette ombre.

Encore Meredith

by

Toile de Dali Flattant ma vanité, un trop brûlant désir S’est adressé à moi. Amie, je me contente De jouer avec toi, puisqu’un tel jeu nous tente ; D’aller sur cette voie nous… Continue reading