Marie­-Madeleine

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Toile de Max Ernst C’est Marie-­Madeleine, une humble pécheresse, Qui sut apprivoiser le fils du charpentier. Il ne l’eut pour servante et n’en fit sa moitié, Mais marcher auprès d’elle était une allégresse. Les apôtres bientôt la nommèrent prêtresse… Or cette troupe-­là marchait sur les sentiers Pour parler à chacun d’amour et d’amitié, Guérir les maladies, soulager la détresse. Le fils du charpentier comprend qu’il doit mourir. A Madeleine il dit d’éviter de courir Aucun risque inutile. Elle dit : Tu ordonnes Ton propre sacrifice et ton immolation, Nous laissant dans la crainte et la désolation… Du fond de mon chagrin, Seigneur, je te pardonne.  

Mais aux genoux, point de hiboux

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Toile de Antonio Segui Ce sont les oncles des crapauds Qui tricotèrent sans repos Pour leurs neveux, des oripeaux, Puis s’en allèrent au tripot. Voyant les couleurs du drapeau, Ils soulevèrent leur chapeau, Et même ils ont offert un pot Aux conseillers municipaux. Ensuite ils montent une expo De grands portraits épiscopaux Tracés sur des feuilles d’impôts. Mais cette histoire est du pipeau ! Nos lecteurs, fidèle troupeau, Ne gobent point de tels propos.

Ce sont…

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Image extraite de Another brick in the wall Ce sont les nièces des vampires Qui voulaient étudier Shakespeare A la lumière d’un lampyre Dans un coin perdu de l’empire. Au bout d’une heure, elles soupirent : Comme étude on ne fait point pire ; Aux exploits sportifs on aspire, Aux gestes qui font qu’on respire. Ces nièces que le sport inspire Vont sur le terrain, et transpirent, Puis contre l’arbitre conspirent ; Nièces qui lecture rompirent Puis aux vestiaires se tapirent ; Enfin, qui sait pourquoi, glapirent.

Mandelstam voit un lion

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image de l’auteur Ossip Mandelstam (Осип Мандельштам : Мария и Лев) ——————————————————– Мне вспомнился старинный апокриф – Марию Лев преследовал в пустыне По той простой, по той святой причине, Что был Иосиф долготерпелив.… Continue reading

Un dialogue

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Toile de Dali César s’en expliqua un beau jour à sa femme : La reine Cléopâtre était si désirable (Et l’enjeu politique en plus, considérable) Bref, il n’avait pas pu modérer cette flamme Qui avait brusquement dévoré leurs deux âmes… Cela dit, en ayant un regard raisonnable, Le mariage officiel devrait bien rester stable Car sinon le public risquait d’en faire un drame. J’ai compris, dit l’épouse, ainsi tu n’as fauté Qu’à cause d’un grand charme et de tant de beauté Que toute résistance, à coup sûr, était vaine. Mais tu me permettras donc de m’aventurer Chez Vercingétorix que tu as capturé ? Le pauvre, il est bien seul depuis quelques semaines.

La visite

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Estampe de Kitagawa Utamaro César a dit adieu à la reine égyptienne, Car il veut respecter son vrai lien conjugal ; Cléopâtre, lâchant un combat inégal, Reprend la liberté qui fut toujours la sienne. César eut ses amours, sa femme avait les siennes ; La réconciliation leur fit un sort fatal. A Vercingétorix, cet empereur tribal, La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ». Cléopâtre le sut et obtint du gardien De la prison d’aller lui faire un peu de bien ; Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une… Continue reading

Dans le fond des enfers

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Toile de Max Ernst Certaines nuits d’hiver, notre existence est rude ; Mais il faut toutefois relever ce défi. Je vais mobiliser ici mes aptitudes Pour décrire un curieux cauchemar que je fis. Je m’étais endormi, abruti par l’étude. Dans le fond des enfers la nuit me conduisit Où je fus enfermé en grande solitude ; Dans mon coeur un ennui profond s’introduisit. Pas de fleurs en ce lieu et, pas même, une ronce. Pas l’ombre de question, pas même, une réponse. Mon pauvre coeur était lourd comme un ciel d’hiver. Par chance il me restait un peu de ma mémoire Qui parmi mes écrits a puisé cent histoires ; Ma joie est revenue au rythme de ces vers.

Ce qui nous fit vibrer

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Toile d’Edvard Munch Ce qui nous fit vibrer ce fut vivre hors la loi Plutôt dans une loi qui n’était que la nôtre Indifférente aux voix des unes et des autres Déjà nous récitions nos articles de foi Et ce passé dès lors nous file entre les doigts De cette transgression ne serons plus apôtres Vous tous qui nous lirez cette histoire est la vôtre Si vos coeurs ont erré follement quelquefois La sauvage passion n’est pas pour un Cochon- fucius qui a les doigts rivés à sa galère Ses pauvres libertés de longtemps s’en allèrent Tu diras ce sonnet n’est pas trop folichon Je n’avais qu’un ciel gris ce jour devant mes yeux Et je ne prétends point aller vers d’autres cieux

Cupidon au Parnasse

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Toile de Toulouse-Lautrec Ce n’est pas évident de construire des rimes Pour noter ce que dit cent fois mieux le regard. Prendre ses sentiments pour un point de départ Peut être ressenti comme atteinte à l’intime. Pourtant, offrir des vers qui telle chose expriment, Ça contient des échos de magie, quelque part, Même si ce ne sont que quelques mots hagards, On sent que néanmoins ils touchent au sublime. Les discours en écho, les gestes en accord, La preuve que l’amour est toujours le plus fort, Celui qui vous endort sur une même couche. Seule une chose peut faire taire ce chant, C’est l’instant où nos corps, enfin se rapprochant, Se voient coeur contre coeur et bouche contre bouche.