Un hommage à la maternité

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Toile de Dali Ils disent que Marie s’est envolée au ciel, Ils n’ont pas bien saisi sa condition de mère. Son fils a dit « Le grain doit mourir, dans la terre, Pour accomplir du fruit le sort providentiel ». Abeille qui produis le beau rayon de miel, C’est lui que nous mangeons, non ton corps éphémère. Marie ayant vécu, comme femme ordinaire, A disparu aussi, sur le plan matériel. Poètes nous serons, nourris de son sourire Qui nous apprend à voir le meilleur et le pire Dans ce monde soumis à d’arbitraires lois. Le fils du charpentier est le dieu des poètes, Et maintes qualités qu’aujourd’hui on lui prête, Notre Dame, Marie, c’est à toi qu’il les doit.

L’insensé a dit en son coeur : point de Dieu !

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Toile de Katie M Berggren Il n’y a pas de Dieu, n’en ayez nulle crainte. Les hommes d’autrefois, guidés par leur frayeur, Ont inventé ce truc, exorcisant la peur. Tu peux voir sa statue et son image peinte Où jamais il ne fut, ni ne but une pinte. Il n’est pas de démiurge, il n’est pas de sauveur, Encore moins de fils, et point de créateur. Bon, mais rassurons-­nous par les images saintes : Nous sommes les enfants de la vierge Marie, Car c’est notre maman qui jamais ne varie, Certes, pour son amour, on peut devenir pieux. Enfin, depuis le temps, elle est morte, et bien morte. Et donc, sa sainteté ne peut servir de porte Pour qui veut aujourd’hui être proche de Dieu.

La croix

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Dessin de Dali Il fit sa propre croix le fils du charpentier Lui qui était fait pour citer les écritures Parcourir les chemins guérir les créatures Mais de son propre corps il n’a pas eu pitié Il en eut pour longtemps sur ce sacré chantier Le bois des oliviers est une essence dure Il ne savait à qui adresser la facture Au père et à l’esprit peut-­être par moitiés Construisant le moyen d’entrer dans le néant Et aussi d’édifier même les mécréants Par sa résignation et sa douceur parfaites Pour faire de l’esclave un homme moins craintif Pour réparer le tort du vieil Adam fautif Il accepta la mort qu’annonçaient les prophètes

Les plans

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Toile de Dali Il fallait mettre en croix le fils du charpentier Pour que fût accompli le mot des écritures Pilate a donc jugé la pauvre créature Non sans lui prodiguer une vaine pitié Cependant de la croix l’inachevé chantier Trop inutilement offensait la nature Car même s’il avait encaissé sa facture L’artisan avait fait son dû moins qu’à moitié Seul était là un trou profond sombre béant Bien fait pour recevoir un pylône géant Mais vide défiant les foules stupéfaites Pilate interrogea les esclaves craintifs « De l’inachèvement qui donc est le fautif ? » « Maître, on attend les plans fournis par les prophètes »

Les compagnons

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Toile de Foujita Tsuguharu Ici je ne dis pas la passion exclusive Mais le plaisir d’avoir des compagnons marrants Des compagnes aussi embellissant les rangs D’un groupe rassemblé pour les heures oisives . L’un produit une idée amusante incisive L’autre la continue sur un mode hilarant Un troisième lui donne un éclat différent L’écriture en effet peut être collective . Un forum certains jours est ainsi qu’une auberge Ou d’un frais ruisselet la séduisante berge Qui voit plein de copains venir et s’en aller. Mettre mes propres mots entre les mots d’une autre Voir émerger le son d’un poème le nôtre Combien de fois mon âme à ce jeu a brûlé.

Système solaire

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­­ Toile de Kent Williams  Icare traversant les cercles planétaires Tantôt semble monter, tantôt se faire lourd. A la loi newtonienne il n’est pas vraiment sourd, Il ne sait pourtant pas s’en tenir à sa sphère. Mais ce corps qui nous semble infiniment précaire, Depuis déjà longtemps suit le même parcours ; Or, si nous le croisions, ce serait sans recours, Icare obscurcirait alors notre atmosphère. La vénérable horloge issue du fond des âges Fait fonctionner ainsi d’étranges engrenages, Voltaire a déliré, en parlant d’horloger.  Ne disons pas de mal des astres, des comètes, De ce brave soleil, ni, surtout, des planètes : Je me sens bien sur celle où nous sommes logés.

The Dark One

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Photographie de Doisneau I am Cromwell the Dark, and I control Aquitaine’s old camel and the lost shrew. But my Memory is dead, my star­-struck head Brings King Gontran somber Melancholy. By opening a barrel, the King saved me, It was in Paris, Avenue d’Italie, Plonk is what pleases my destroyed soul, While the camel with the shrew does dally. Am I Cochonfucius ? Am I quite drunk ? My eyes are lost in the Queen’s dark green ones, My head resounds with the howling of monsters. I see the camel­-shrew waiting for food, And I can see the cook bringing a plate Of fried fish here, and a cup of coffee.

Troisième art poétique

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Toile de Giorgio de Chirico Heureux qui peut reprendre une oeuvre très ancienne Et lui faire porter un contenu nouveau, Cherchant à faire mieux que ses nombreux rivaux Ou bien laisser chanter la voix qui est la sienne… La forme nous inspire et les contenus viennent (Et c’est surtout par eux que le poème vaut). On peut passer des nuits à ces plaisants travaux Qui nous font découvrir à quoi nos pensées tiennent. Un coup de nostalgie, la sagesse d’une huître, Le bonheur sans argent, l’escargot sur la vitre… Innombrables pour nous foisonnent les motifs. Le sujet est présent, prenons garde à la forme, Mais cela ne va pas être un effort énorme : Quand le plaisir l’excite, un esprit est actif.

Heureux qui comme une huître…

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Toile de Vladimir Kush Heureux qui, comme une huître, oncques ne fait voyage, Et n’a plume sur soi, pelage ni toison, Et n’ayant de cerveau est pleine de raison Qu’elle use oisivement tout au long de son âge. Car les huîtres n’ont pas de bourg ni de village, N’allument cheminée en aucune saison, N’habitent aucun clos ni aucune maison, Ni aucune province ou fief, place ou baillage. Plus leur plaît leur séjour au couvercle ingénieux Que des logis humains le style prétentieux, Plus leur calcaire dur qu’architecture fine, Plus l’île d’Oléron que le Quartier Latin, Plus leur silence frais que tous nos baratins, Et plus leur lieu marin qu’une boîte à sardines.