Un art poétique improvisatoire

Toile de Kandinsky Mon esprit est fragile, et n’est jamais très clair, S’il parvient à penser, c’est un peu par magie. Mais il est éclairé par Dame Poésie Et par la poésie de mes amis très chers. Il danse avec les mots ; ils lui sont une chair Qui dans ses mouvements la pesanteur défie. S’il vibre certains jours d’une émotion qui crie, Il la traduit en verbe au rythme des éclairs. Et puis il se repose en lisant les sonnets Produits, ici et là, par les gens qu’il connaît. Ils sont doux à son coeur comme des airs de flûte. Même, quand il parvient au deuxième tercet, Il s’étonne, il se dit : « Ma foi, je ne pensais Pas rencontrer ici ce vers-­là comme chute ». Advertisements

Gabriel après l’amour

Toile de Edward Burne-Jones Moi, pauvre Gabriel, archange du Seigneur, Je reçus l’autre jour l’ordre d’aller sur Terre, Croyant devoir remplir une tâche ordinaire : Inondation, fléau, typhon dévastateur… Mais la dévastation s’en… Continue reading

le témoignage de Gabriel

Toile de Anne François Louis Janmot Moi qui suis Gabriel, archange du Seigneur, J’ai accepté d’aller en mission sur la Terre, Croyant que ce serait un programme ordinaire ; Mais c’était un projet… Continue reading

Meredith, again

Toile de Mathis Miles Williams Mon coeur me dit que sans dormir ton âme pleure Quand d’une main ton beau visage en un sursaut Est effleuré (je sens qu’il mourut un sanglot Qui… Continue reading

Le primate humain

Toile de Max Ernst Moi, le primate humain, le seigneur de ce monde, J’ai droit à votre estime, à votre admiration Et j’irai jusqu’à dire, à votre soumission. A genoux, animaux de la terre et de l’onde. Je vous ai tous conquis, les nobles, les immondes, Je vous ai conféré à chacun sa mission : Aux uns d’assouvir mes carnivores passions, Aux autres d’accepter gentiment qu’on les tonde. J’ai déboisé les sols pour d’utiles cultures, J’ai bien amélioré la brouillonne nature. Certains soirs il me vient comme un doute, pourtant. Je respire un air qui me fait mal à la tête, Le printemps ne met plus mon pauvre coeur en fête. J’ai un peu tout détruit, ah, c’est bien embêtant.

Le miroir et la chandelle

Toile de Giovanni Reder Mes textes composés aux lueurs des chandelles Sont démultipliés par d’étranges miroirs. Lectrices et lecteurs viennent alors les voir ; Parmi ces visiteurs, quelques-­uns sont fidèles. Ils ne verront ici aucune idée nouvelle, Ni leçon qui viendrait renforcer leur savoir, Ils trouvent de mon coeur les naïfs désespoirs Et, malgré ces derniers, que je vois la vie belle. Pourquoi l’alexandrin et pourquoi le sonnet ? Un auteur qui ni l’un ni l’autre ne connaît Ferait sans doute mieux d’écrire de la prose. Oui, mais c’est ma vision et c’est mon univers, Mes personnages qui veulent parler en vers, Le prince, le renard, le serpent et la rose.

Vagabondages

Photographie de Robert Doisneau Mes souvenirs d’été : souvenirs de voyages, Lorsque j’étais bien jeune, étudiant et sportif. La route et le soleil, et mon vélo rétif Ont gravé dans mon coeur ces vieux vagabondages. Pédalant, essoufflé, sous le ciel sans nuages, Sans pouvoir espérer le moindre apéritif Sinon l’eau d’un ruisseau, sous les arbres, furtif Et apaisant, discret, assez loin des villages. Les courtes nuits d’été à dormir sous la toile Après avoir longtemps admiré les étoiles : Quel merveilleux sommeil, aux rêves miroitants… Du début de l’été à la fin, solitaire, Je n’étais amoureux que de toute la Terre, Des horizons lointains et puis de l’air du temps.

Pour une chanson

Photographie de Doisneau Merci pour ta parole amoureuse qui chante, Même si certains jours elle chante un tourment. Quand l’amour te transforme en un tel instrument, Tu nous fais éprouver des vibrations touchantes. Lorsque je continue ma promenade lente, Je vois une inconnue qui sourit en dormant, Rêvant, sans aucun doute, à son prince charmant, Tandis que le métro la transporte, indolente. Merci pour ta chanson qui est joyeux présage, Merci pour la douceur du calme paysage Que par ces quelques vers, tu viens de dessiner ;… Continue reading

Paon-Théon

Gravure de Albrecht Dürer Marchant jusqu’au palais qui a sept ouvertures, J’ai demandé au roi de placer des gardiens, Auprès de chaque porte, et qu’ils regardent bien Ce qui entre et qui sort, en fait de créatures. Voici donc ces bestiaux, tous, selon leur nature : L’éléphant, le dragon, le loup, les acariens, Le coq, le paon, le porc et quelques amphibiens, Tels sont les animaux qui par là s’aventurent. Puis, le paon et le coq, on les métamorphose En aigles des sommets ; le loup, en autre chose Qui mieux sache écouter la voix de la raison. Le porc et l’éléphant, sous leur forme nouvelle, Deviendront vos chevaux. Mettez-­leur une selle, Et vous chevaucherez vers les quatre horizons.