Un dialogue

Toile de Dali César s’en expliqua un beau jour à sa femme : La reine Cléopâtre était si désirable (Et l’enjeu politique en plus, considérable) Bref, il n’avait pas pu modérer cette flamme Qui avait brusquement dévoré leurs deux âmes… Cela dit, en ayant un regard raisonnable, Le mariage officiel devrait bien rester stable Car sinon le public risquait d’en faire un drame. J’ai compris, dit l’épouse, ainsi tu n’as fauté Qu’à cause d’un grand charme et de tant de beauté Que toute résistance, à coup sûr, était vaine. Mais tu me permettras donc de m’aventurer Chez Vercingétorix que tu as capturé ? Le pauvre, il est bien seul depuis quelques semaines. Advertisements

La visite

Estampe de Kitagawa Utamaro César a dit adieu à la reine égyptienne, Car il veut respecter son vrai lien conjugal ; Cléopâtre, lâchant un combat inégal, Reprend la liberté qui fut toujours la sienne. César eut ses amours, sa femme avait les siennes ; La réconciliation leur fit un sort fatal. A Vercingétorix, cet empereur tribal, La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ». Cléopâtre le sut et obtint du gardien De la prison d’aller lui faire un peu de bien ; Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une… Continue reading

Dans le fond des enfers

Toile de Max Ernst Certaines nuits d’hiver, notre existence est rude ; Mais il faut toutefois relever ce défi. Je vais mobiliser ici mes aptitudes Pour décrire un curieux cauchemar que je fis. Je m’étais endormi, abruti par l’étude. Dans le fond des enfers la nuit me conduisit Où je fus enfermé en grande solitude ; Dans mon coeur un ennui profond s’introduisit. Pas de fleurs en ce lieu et, pas même, une ronce. Pas l’ombre de question, pas même, une réponse. Mon pauvre coeur était lourd comme un ciel d’hiver. Par chance il me restait un peu de ma mémoire Qui parmi mes écrits a puisé cent histoires ; Ma joie est revenue au rythme de ces vers.

Ce qui nous fit vibrer

Toile d’Edvard Munch Ce qui nous fit vibrer ce fut vivre hors la loi Plutôt dans une loi qui n’était que la nôtre Indifférente aux voix des unes et des autres Déjà nous récitions nos articles de foi Et ce passé dès lors nous file entre les doigts De cette transgression ne serons plus apôtres Vous tous qui nous lirez cette histoire est la vôtre Si vos coeurs ont erré follement quelquefois La sauvage passion n’est pas pour un Cochon- fucius qui a les doigts rivés à sa galère Ses pauvres libertés de longtemps s’en allèrent Tu diras ce sonnet n’est pas trop folichon Je n’avais qu’un ciel gris ce jour devant mes yeux Et je ne prétends point aller vers d’autres cieux

Cupidon au Parnasse

Toile de Toulouse-Lautrec Ce n’est pas évident de construire des rimes Pour noter ce que dit cent fois mieux le regard. Prendre ses sentiments pour un point de départ Peut être ressenti comme atteinte à l’intime. Pourtant, offrir des vers qui telle chose expriment, Ça contient des échos de magie, quelque part, Même si ce ne sont que quelques mots hagards, On sent que néanmoins ils touchent au sublime. Les discours en écho, les gestes en accord, La preuve que l’amour est toujours le plus fort, Celui qui vous endort sur une même couche. Seule une chose peut faire taire ce chant, C’est l’instant où nos corps, enfin se rapprochant, Se voient coeur contre coeur et bouche contre bouche.

Art poétique

Toile du Dr. Taha Malasi Celui qui va lisant, écoutant un poème, Quelquefois, il met tout son être en vibration, De l’auteur il reprend les interrogations, Le coeur du lecteur bat plus fort quand l’auteur aime. Car l’auteur d’un écrit, ce n’est pas que lui­-même, C’est son clan, son village ou sa génération, Ses ancêtres lointains, toute la création Ayant mis dans son coeur et ses mots et ses thèmes. Une culture écrit quand l’homme prend la plume. Le paysan breton écrit avec sa brume, Celui des oliviers avec le bel azur. J’écris d’abord pour toi, si lointaine et si proche, Ma muse, mon amour, ma joie et mon reproche ; Mais ce n’est pas secret, c’est écrit sur un mur.

La fragilité

Toile de Dali Ce corps meurt par fragments et ne se voit mourir, C’est juste que la vie paraît plus difficile. Le ton de nos sonnets est toujours juvénile, Mais, au long des chemins, nous allons, sans courir… Or, nous le savons bien, qu’il nous faudra périr. Ce corps que nous avons n’est qu’un vase fragile Qui au fleuve du temps doit rendre son argile, Et l’esprit une source en train de se tarir. Mais si la vie nous donne une force illusoire, Faisons que cette vie soit une belle histoire, Que viennent l’illustrer mille pages d’amour. Les morts ne draguent pas, ne boivent pas non plus Et ne relisent pas les livres souvent lus : Buvons donc aujourd’hui notre vin de ce jour.

Une traverse

Toile de René Magritte Ceci est un sonnet, mais ceci est un code ; Dans ces quatorze vers, un sens est contenu… Or, grâce à la couleur, un fil le montre nu. Je ne puis expliquer le moyen et le mode Dont votre esprit curieux de lire s’accommode, Et comment il salive à tenir le menu D’une auberge au régime un peu plus soutenu ; Car j’admire toujours un lecteur qui décode. Cependant, j’étais trop occupé pour répondre A ce faiseur de mots pendant qu’il allait pondre Une énigme occupant au pire un bref instant Et faisant travailler au moins quatre neurones. Mais serait-­ce un labeur pour quatorze amazones Dont au fier diapason secondes vont tintant ?

la galerie de portraits

Toile de Toulouse-Lautrec Çà et là deux ou trois photos, Puis des amis qui se racontent, Et dont s’agrandit le troupeau, Avec un outil qui le compte. Des neufs, des vieux, des rigolos, Des charcutiers et des vicomtes, Des qui surfent de leur boulot (Mais pas besoin d’en avoir honte). Des commentaires instructifs, Ou quelquefois trop allusifs, Toute une vie qui se dévoile ; Ecriture de jour, de nuit, Propageant les différents bruits Que chacun glane sur la toile.