Le maître répond à un poète

Personnage Uderzo Ne crois pas la sirène aux futiles passions. Admire la danseuse et ne va pas chez elle ; Ne suis pas le hibou que la lune ensorcelle, Et défends-toi, surtout, par des imprécations. Si de rien n’ont servi, pourtant, ces précautions, Attends donc le retour chez toi des hirondelles : Tu sais qu’à ta maison elles seront fidèles, Te portant chaque fois cette douce émotion. Elle est encore loin, elle adviendra, pourtant, L’éclosion, au jardin, de ce nouveau printemps Qui te ranimera de sa tiède lumière. En attendant ce jour, compose des sonnets Sur ta lyre de fou, comme tu t’y connais, Pour que vienne plus tôt la clarté printanière. Advertisements

Conseils d’un inconnu

Peinture chinoise de l’époque Song N’écris pas trop limpide, écris comme un vivant. Trouble soit ta chanson, puisque la vie est telle. Sache surtout que nulle amour n’est éternelle, Même si ton surmoi trouve ça décevant, La vie est un enfer. D’accord, c’est énervant. Elle n’est, pour autant, chaque jour si cruelle ; L’horreur de certains soirs est une horreur partielle. Nous voyons le poète, en de tels cas, trouvant Dans ces sursauts d’espoir, matière à narration, Mais le malheur aussi est une inspiration. N’écris pas que la vie est toujours infernale, Ce n’est pas ta mission. Montre, dans le lointain, Comment prend consistance un bonheur incertain Fait de douce lumière et de saveurs banales.

Les transfuges

Toile de John-Ludwig Krimmel N’ayons pour ce forum de passion exclusive Sur la toile il en est d’encore plus marrants Et si un déserteur ne rejoint pas nos rangs C’est qu’il a d’autres… Continue reading

Quelques recommandations

Photographie de Doisneau N’ayez pas de souliers dont la semelle est lisse : Sur la neige et la glace, on constate qu’ils glissent. Surveillez la façon, surtout, dont vous marchez En sortant le… Continue reading

Le regard de Saturne

Toile de Dali N’attends pas de la lune une douce chaleur ; Tu la crois lumineuse, or grisâtre est la sphère Dont te semble, de loin, voir la blanche couleur, Qui de sa… Continue reading

Pour la dame de mes pensées

Toile Charles Alphonse Dufresnoy N’allons point nous livrer à la mélancolie, (Est-­ce là le devoir d’une âme envers une âme ?) Celle qui aujourd’hui ces beaux vers me dédie N’évoque rien pour moi de triste ni d’infâme… Le monde d’un poète est jardin de folie, Les plus beaux nénuphars poussent où nul ne rame. Nos âmes vont cherchant une rime jolie, Et d’amour de ses mots la rime nous enflamme. Car les plus beaux récits sont les inachevés, Les plus belles passions celles qu’on n’a pu vivre ; Cet esprit est usé, mais pas démotivé. Lorsque du jour dernier la trompette de cuivre Dira « Mourez, mortels, ce monde est lessivé. », Alors c’est notre amour qui devra nous survivre.

Muse qui souffre

Toile de Eric Greitens Muse qui souffre et qui s’égare, Reste l’invitée du chemin… Sans doute je suis un barbare D’en parler sur ce parchemin. Bateau tenu par ses amarres, Libre ni ce jour ni demain ; Jamais la main qui tient la barre Ne la donne à une autre main. Navire ne prenant la route Que vers le rivage du doute Dont il ne sait point retourner. Ce poème est écrit en marge D’un assez lourd cahier des charges Que je n’ai pas droit d’ajourner

Marionnettes

Théâtre d’ombre chinois Mon voisin du dessus, un grand marionnettiste, Fabrique des milliers de poupées en papier. Dans un vaste décor un peu kitsch et pompier, Il fait vivre à chacune une vie drôle ou triste. Chaque poupée se croit libre protagoniste D’une intrigue à plusieurs, donne des coups de pied, Tient de sages propos, jure comme un troupier. Ce n’est que le montreur l’agitant sur la piste. Et par un sombre soir il les… Continue reading

Une comptine

Illustration de comptine Mon pouce a décidé que j’irais en voyage, Comptant sur mon index pour montrer le chemin. Le majeur était seul pour porter les bagages ; L’annulaire lisait le guide Michelin. Quant à l’auriculaire, à la paresse enclin, Il se laissait porter dans ce vagabondage Ainsi que les cinq doigts que j’ai sur l’autre main. J’étais, on peut le dire, en léger équipage. La route est rectiligne et baignée de fraîcheur, D’immenses horizons attirent le marcheur Qui sait aller au loin sans que rien ne le presse. Un petit animal, soudain, vint à passer, Un chat qui demandait à être caressé : Ici, premier arrêt, un moment de tendresse.