Le métier de chercheur

Poster de Libertymaniac Chercher, c’est être explorateur Du possible et de l’impossible, Cela tout en étant la cible De sérieux évaluateurs. Chercher, c’est être traducteur, Déchiffrer l’incompréhensible, En faire une prose lisible, Dialoguer avec ses lecteurs. Citoyen, tu me subventionnes, Je sais que parfois ça t’étonne, Le désordre sur mon chantier. Si tu prends ça pour du laxisme Ou pour du bel amateurisme, Détrompe­-toi, c’est un métier. Advertisements

la sérénité

Toile de Zang Enli C’est vrai qu’il est serein, le moral des bouddhistes, Dans leur grand Véhicule ou bien dans le petit, À porter leur fardeau leurs coeurs ont consenti, Ils ne sont pas pourtant devenus fatalistes. Ils restent souriants lorsque leur vie est triste, Ils voient de la couleur sur un mur qui est gris. Il peut leur arriver de se montrer épris, Mais aux attachements de la chair, ils résistent. Ils ont compris d’où vient l’éternelle souffrance, L’impression de non­-sens, de peur, de déshérence, Tout ce qui nous retient, de nos malheurs, captifs. Ils savent qu’un aveugle, en sa grise misère, Peut sentir que sa peau est baignée de lumière ; Ses yeux ne la voient pas, ils ne sont pas fautifs.

La mouvance

Texte portugais de Camões, Toile de Beatriz Milhazes Mudam­-se os tempos, mudam­-se as vontades, Muda-­se o ser, muda­-se a confiança; Todo o mundo é composto de mudança, Tomando sempre novas qualidades. Changent les temps, changent les volontés, Et change l’être et change la confiance, Car l’univers n’est fait que de mouvance, Prenant toujours nouvelles qualités. Continuamente vemos novidades, Diferentes em tudo da esperança; Do mal ficam as mágoas na lembrança, E do bem, se algum houve, as saudades. Car toujours vont à nous des nouveautés Autres vraiment que dans nos espérances. Des maux se fixe en nos coeurs la semblance, Des biens n’avons que l’intranquillité. O tempo cobre o chão de verde manto, Que já coberto foi de neve fria, E em mim converte em choro o doce canto. Le temps couvrant d’un vert manteau le champ, Lui qui l’avait couvert de neige blanche… Il change en pleurs la douceur de mon chant. E, afora este mudar­-se cada dia, Outra mudança faz de mor espanto: Que não se muda já como soía. Changeant sept fois du dimanche au dimanche,… Continue reading

Cinq éléphants

Acid blotter paper C’est un éléphant jaune, il voudrait que j’achète Les trois mille bouquins qu’il a dans son bureau. Je lui ai répondu que je n’y tiens pas trop, Ce ne sont que sonnets par de maudits poètes. Alors l’éléphant mauve organise une fête. Je lui dis qu’il me faut avant tout du repos, Afin d’être, demain, suffisamment dispos Pour que l’oeuvre du jour soit correctement faite. L’éléphant orange offre une métaphysique, Le bel éléphant rose, un breuvage alcoolique, Je les ai donc laissés se débrouiller entre eux. Enfin, l’éléphant rouge enseigne le silence. C’est donc en sa faveur que penche la balance, Avec lui, sans parler, je suis un homme heureux.

Inconnaissable

Peinture chinoise C’est une fleur et non, ça ne peut en être une, C’est un léger brouillard et ce n’en est pas un. Ça vient sur la minuit, c’est parti le matin, De telle chose, au monde, il n’en existe aucune. Le reflet de ses yeux renvoyé par la lune, La chaleur de son corps imprégnant les embruns ; Un poète chinois la découvrit soudain Après quinze godets d’un fort alcool de prune. Il chante un empereur et son noble veuvage, Sa muse le transforme en un barde sauvage ; Il compare les dieux à de grands animaux. Il parcourt Lao-­Tseu mais, ce faisant, il pense Que si les grands parleurs le sont par ignorance, Pourquoi le maître a-­t-­il tracé cinq mille mots ?

Les cavaliers

Toile de Gyuri Lohmuller C’est un cavalier jaune, il veut que je lui dise Ce qu’est une émotion. Je lui dis : « La notion N’est pas bien définie, oublie donc ta question, Elle conduirait à de vaines analyses. » C’est un cavalier mauve, il veut que je précise Ma dernière allusion. Je lui dis : « La pulsion Qui produit ta demande est le fruit d’illusions. Répondre, de ma part, serait une sottise ». Au cavalier orange un mot de balistique, Puis au cavalier rose un cours de linguistique, Sur le même refrain, la réponse est « Zéro ». Pour le cavalier rouge, aimant les théorèmes,… Continue reading

une île

photographie anonyme C’est, proche de la Chine, un coin de paradis, Ça se passe au temps où peu de nous étaient chastes, Les amours d’occasion ne semblaient pas néfastes, Le monde, depuis lors, s’est un peu affadi. Un pays merveilleux, cent poètes l’ont dit. Des habitants très purs, ne formant nulle caste, Beaux corps et ventres plats comme autant de gymnastes, Ignorant tout à fait notre monde maudit. Nous étions là­-bas deux voyageurs ordinaires, Vivant une passion nullement littéraire… S’il y eut des amants fous, nous en avons été. Que reste­-t-­il du feu de ces jours dans nos âmes ? Ce qu’il reste d’un feu quand il n’a plus de flammes, Ce qu’il reste en hiver des souffles de l’été.

Grandeur et décadence d’un peu tout le monde

Toile de Dali C’est sur un tapis bleu qu’est le trône royal, Bleu comme les rideaux des vieux châteaux de France. Quand on est au pouvoir, on soigne l’apparence, C’est là, pour un monarque, un art immémorial. C’est sur un tapis blanc que le roi, triomphal, Honore sa maîtresse en gardant la cadence, Puis, après la dînette, et quelques confidences, Il prendra son repos dans le lit conjugal. Mais sur un tapis rouge on a jeté son corps. Quel drame a renversé le fabuleux décor ? C’est la révolution, victorieuse et tragique. Ils ne reviendront plus, ces règnes abolis Où l’homme, tel un marbre, était dur et poli. De moins en moins nombreux en sont les nostalgiques.

Marie­-Madeleine

Toile de Max Ernst C’est Marie-­Madeleine, une humble pécheresse, Qui sut apprivoiser le fils du charpentier. Il ne l’eut pour servante et n’en fit sa moitié, Mais marcher auprès d’elle était une allégresse. Les apôtres bientôt la nommèrent prêtresse… Or cette troupe-­là marchait sur les sentiers Pour parler à chacun d’amour et d’amitié, Guérir les maladies, soulager la détresse. Le fils du charpentier comprend qu’il doit mourir. A Madeleine il dit d’éviter de courir Aucun risque inutile. Elle dit : Tu ordonnes Ton propre sacrifice et ton immolation, Nous laissant dans la crainte et la désolation… Du fond de mon chagrin, Seigneur, je te pardonne.