Trouble ronsardien

Toile de Vilhelm Hammershøi Le miroir se regarde au feu de la chandelle. Il s’inquiète du jour finissant et filant Si précipitamment, en ayant l’air si lent. Il reconnaît pourtant que la journée fut belle. Ce qu’elle a de plus beau, c’est qu’elle est sans nouvelles, Nul n’aura le besoin d’en faire le bilan. D’où vient ce sentiment, tracas obnubilant, Fantôme du reflet d’une angoisse éternelle ? Le grand salon l’ignore, et, tranquille et dispos, Dans le soir ténébreux se prépare au repos. Le miroir garde en lui cette crainte accroupie, Envers qui la chandelle a montré du dédain. Allons, faut vivre avec, ça ira mieux demain, Obscures sont parfois les choses de la vie Advertisements

Une friche

Peinture de Qian Xuan Le maître de ces lieux m’a confié son jardin, Je m’en suis occupé de façon nonchalante. La terre était fertile et fort belles les plantes, Mais mon goût du travail m’avait quitté, soudain. J’aimais voir la rosée briller dans le matin, Et glisser l’escargot dans l’oisiveté lente, Et dormir l’araignée dans les heures brûlantes. Je n’aimais pas creuser, ni me salir les mains. Ainsi ce beau jardin s’est transformé en friche. La mauvaise herbe y croît dans une terre riche, Mainte graine oubliée sous une pierre dort. Des flatteurs croiront voir une grande sagesse Dans ce qui n’a été qu’une simple paresse… Ah, je ne sais pas si je dois leur donner tort.

Une légende

Toile Max Ernst Le lièvre, un beau matin, s’unit à la girafe. La presse a commenté ce cas particulier. Le serpent et la taupe à l’église ont prié, Et l’on a convoqué les meilleurs photographes. L’ibis et le crotale offrent une carafe Pleine de bon vin rouge au prix de cent deniers Que généreusement avance un usurier ; Le cochon, un voyage à bord d’un bathyscaphe. La reine fit cadeau d’une partie du monde, Le hibou d’une chambre en la forêt profonde, Moi, poète, d’un chant que dit la voix du loup. La girafe et le lièvre à la sortie du temple Ont repris ce doux chant et leurs voix furent amples. Cependant ma chanson ne valait pas un clou.

Quatre thèmes

Quadriptyque  Miranda Mehrer Le jardin et la croix, la plume et l’encrier, La salle et le comptoir, les grands auteurs de France : De ces quatre propos mon vers tire substance, Dans ces quatre sections, mes sonnets sont triés. Le jardin est celui qui vit Adam prier, La plume au fil des jours me conduit en errance, La salle est au conteur dans son exubérance, Les auteurs vont cherchant les mots appropriés. Tu dis que j’ai produit quelques vers déchirants Que l’on doit regrouper en un lieu différent, D’amour que refroidit le regard de Saturne ; Il est vrai que jadis ma plume a pu nourrir Cette étrange passion qui naquit pour mourir :… Continue reading

Les fous

Gravure Bruegel l’Ancien Le fou jaune me parle, et veut que je lui dise Comment valoriser ses quelques inventions. Je lui dis de passer par leur divulgation, Mais il semble douter d’une telle analyse. Le fou mauve survient et veut que je précise Comment éliminer fantasmes et pulsions. Je lui dis de surtout relâcher la pression, Puisque « Tout va très bien, Madame la Marquise ». Au fou orange, un mot sur son métabolisme, Au fou rose un avis concernant les sophismes, Frappés, dans les deux cas, de la note « Zéro ». Concernant le fou rouge, il a un vrai problème, Alors, je lui dédie ce modeste poème ; Peut­-être vais-­je aussi lui offrir l’apéro.

Le dieu­-corbeau et le démon-­renard

Gravure de Arthur Rackham Le fils du charpentier, sur sa croix accroché, Tenait entre ses dents le salut de ce monde. Le prince Lucifer, par le sang alléché, Vint voir cette souffrance à nulle autre seconde. Le crucifié trembla en voyant s’approcher Le dragon ricanant aux manières immondes, Qui lui dit : « Mon cousin, Dieu est­-il si fâché Que vous mouriez ici et que l’orage gronde ? » Oubliant qu’il fallait surtout serrer les dents, Le crucifié lui parle, et, de ce fait, perdant Les âmes dont il fut pour un temps le refuge, Les laisse dévorer par Maître Lucifer, Qui, le ventre bien plein, s’en retourne aux enfers, Souriant de lui­-même, et de son subterfuge.

Le drapeau noir

Toile de Magritte Le fils du charpentier s’est changé en corbeau A la noirceur duquel rend hommage un drapeau. C’est l’étendard de ceux qui le pouvoir conchient, Et c’est le noir fanion promettant l’anarchie. Révolte et anarchie, retenez bien ces mots, Nos armes ne seront pacifiques rameaux : La servile tribu ne peut être affranchie Qu’en secouant très fort sa structure avachie. Et vous qui espérez dans notre obéissance, Vous n’en trouverez plus, mais de la résistance : Vous ne garderez nulle illusion de pouvoir. Un jour, nul ne pourra son semblable soumettre, Un jour, nul n’aura plus ni de dieu ni de maître, C’est ce jour attendu qu’on nomme le grand soir.

Un buveur raisonnable

Détournement d’image pieuse Le fils du charpentier, qui n’avait pas d’argent, Veut aller boire un soir, et s’en revient sur terre. Le patron de l’auberge, un homme un peu austère, Lui dit « Nul ne boira chez moi gratuitement ». En entendant cela, un buveur allemand Au fils du charpentier offre un verre de bière. Le Seigneur, ayant dit une courte prière, Lui guérit son arthrose, un mal très déformant. Un vieil Anglais survient, et offre encore un coup ; Et pour récompenser ce geste de bon goût, Le fils du charpentier guérit sa lombalgie. D’un gars français il eut un grand verre de vin, Mais une guérison, il proposa en vain… Continue reading

La révélation

Toile anonyme Le fils du charpentier ne vécut que deux plombes, Au berceau son cousin Jeannot le sacrifia. Ce ne fut donc pas lui qu’ensuite on crucifia, Mais c’est Magdalena, qui fut mise à la tombe. Alors le saint-­esprit a débarqué en trombe ; Il brûla le grand Temple, ensuite il pacifia Tout l’Empire Romain et il le fortifia, Puis alla se planquer au fond des catacombes. Si vous ne croyez pas ce que je viens de dire, Vous en avez le droit, et vous pouvez écrire Sur ce fameux forum votre propre vision. Moi, c’est le créateur qui m’a dit cette histoire, Et il m’a supplié de bien vouloir la croire, Le créateur parfois a de ces illusions !