Sur Un Air De Verlaine

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Photographie de Doisneau Ayant chassé la biche unique qui appelle, Je me suis promené mais j’avais un peu faim. La biche savourait le soleil du matin, Colorant chaque fleur d’une utile aquarelle. Rien n’a changé. J’ai tout connu : l’humble gamelle De clématite avec les noms de mes cousins ; Le moineau fait toujours son murmure vilain Et le voiturier sa plainte traditionnelle. Les gloires comme avant palpitent ; comme avant, Les moineaux orgueilleux se consolent au vent, Chaque buvette qui va et vient m’est connue. Pire, j’ai retrouvé debout le Grand Bougnat Dont le cuivre verdit au bout de l’avenue, ­­ Grêle, parmi l’odeur pauvre du jojoba.

Improductif

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Toile de Norman Rockwell Avril a déployé sa force lumineuse, L’aile du noir corbeau se transforme en miroir Et les verts marronniers vibreront jusqu’au soir Du doux frémissement d’abeilles butineuses. Loin du travail… Continue reading

Le temps

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Toile de Dali Avec aucun organe on ne perçoit le temps. D’ailleurs il ne se tient pas dans les phénomènes, Il ne fait qu’émerger quand l’esprit se promène Auquel en aucun cas il… Continue reading

La méthode

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Toile de Mattheus van Hellemont Avant toute recherche, il faut des expériences Bâtissant un réseau de résultats concrets ; Car si l’inspiration a de puissants attraits, Dans bien des cas, on doit la… Continue reading

Je me souviens des antipodes

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Collage de Max Ernst Aux confins s’en aller, loin, très loin du plaisir, S’endormir au milieu d’un territoire sombre, S’abriter, se tapir, se laisser rétrécir… Oublier les dangers qui rôdent en grand nombre… Continue reading

Aux antipodes du plaisir

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Toile d’Edvard Munch Aux antipodes du plaisir se forme un territoire sombre où l’esprit semble rétrécir où les dangers sont en grand nombre Ce lieu princesse il faut le fuir nul ne reste là sans encombre tout ce qu’on y ferait grandir au lendemain serait décombres Ton âme une mouvante sphère aura toujours des tours à faire et s’agitera pour un rien Si de moi je n’étais otage vers toi je ferais ce voyage j’entends tes mots ça fait du bien

Quelques vieux bouquins au fond d’un grenier

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Photographie de Doisneau Au poussiéreux grenier, ce soir, je suis monté, Cela fait sursauter une araignée rêveuse… Ah ! Tant de vieux cartons de lettres d’amoureuses, Je ne méritais pas tous ces flots de bonté. Au grenier silencieux, le temps s’est arrêté. J’ai ressenti en moi cette douleur charmeuse. Même si la torpeur du lieu est endormeuse, Il s’en exhale aussi comme un parfum d’été. Ainsi que l’eau sur moi glissent les ans qui passent, Je fais la même chose, et jamais ne m’en lasse : On aime reproduire un geste familier. L’harmonie, je n’y puis parvenir en ce monde, Car j’en suis détourné, seconde après seconde, Par mes livres offrant leurs pages, par milliers.

Croire ou ne pas croire

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Dessin de Escher Au métier de poète, il s’attache une crainte : C’est (je l’entends souvent) que la vie soit ailleurs. Mais ceux qui de la sorte ont cru me faire peur N’ont sur nul de mes vers laissé la moindre empreinte. Le jour où de rimer sera ma force éteinte, Je laisserai faucher la faux du moissonneur. Chaque jour a besoin d’un geste créateur, Pour avoir quelque chose à fêter d’une pinte. Qu’importe que le thème à chaque fois varie, C’est dans ces autres vers la même âme qui prie, Peu importe avec qui, peu importe en quel lieu. Et c’est pourquoi je vis heureux dans la nature Que le langage soit donné aux créatures, Celles qui ont la foi, celles qui sont sans Dieu.

Un jardin

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Toile de Vincent Van Gogh Au-dessus du jardin dansent les hirondelles, Leurs enfants sont logés en haut de la maison. Au jardin la chaleur ternit les floraisons, Mais ces couleurs d’été, je les trouve… Continue reading