Cupidon au Parnasse

by

Toile de Toulouse-Lautrec Ce n’est pas évident de construire des rimes Pour noter ce que dit cent fois mieux le regard. Prendre ses sentiments pour un point de départ Peut être ressenti comme atteinte à l’intime. Pourtant, offrir des vers qui telle chose expriment, Ça contient des échos de magie, quelque part, Même si ce ne sont que quelques mots hagards, On sent que néanmoins ils touchent au sublime. Les discours en écho, les gestes en accord, La preuve que l’amour est toujours le plus fort, Celui qui vous endort sur une même couche. Seule une chose peut faire taire ce chant, C’est l’instant où nos corps, enfin se rapprochant, Se voient coeur contre coeur et bouche contre bouche.

Art poétique

by

Toile du Dr. Taha Malasi Celui qui va lisant, écoutant un poème, Quelquefois, il met tout son être en vibration, De l’auteur il reprend les interrogations, Le coeur du lecteur bat plus fort quand l’auteur aime. Car l’auteur d’un écrit, ce n’est pas que lui­-même, C’est son clan, son village ou sa génération, Ses ancêtres lointains, toute la création Ayant mis dans son coeur et ses mots et ses thèmes. Une culture écrit quand l’homme prend la plume. Le paysan breton écrit avec sa brume, Celui des oliviers avec le bel azur. J’écris d’abord pour toi, si lointaine et si proche, Ma muse, mon amour, ma joie et mon reproche ; Mais ce n’est pas secret, c’est écrit sur un mur.

La fragilité

by

Toile de Dali Ce corps meurt par fragments et ne se voit mourir, C’est juste que la vie paraît plus difficile. Le ton de nos sonnets est toujours juvénile, Mais, au long des chemins, nous allons, sans courir… Or, nous le savons bien, qu’il nous faudra périr. Ce corps que nous avons n’est qu’un vase fragile Qui au fleuve du temps doit rendre son argile, Et l’esprit une source en train de se tarir. Mais si la vie nous donne une force illusoire, Faisons que cette vie soit une belle histoire, Que viennent l’illustrer mille pages d’amour. Les morts ne draguent pas, ne boivent pas non plus Et ne relisent pas les livres souvent lus : Buvons donc aujourd’hui notre vin de ce jour.

Une traverse

by

Toile de René Magritte Ceci est un sonnet, mais ceci est un code ; Dans ces quatorze vers, un sens est contenu… Or, grâce à la couleur, un fil le montre nu. Je ne puis expliquer le moyen et le mode Dont votre esprit curieux de lire s’accommode, Et comment il salive à tenir le menu D’une auberge au régime un peu plus soutenu ; Car j’admire toujours un lecteur qui décode. Cependant, j’étais trop occupé pour répondre A ce faiseur de mots pendant qu’il allait pondre Une énigme occupant au pire un bref instant Et faisant travailler au moins quatre neurones. Mais serait-­ce un labeur pour quatorze amazones Dont au fier diapason secondes vont tintant ?

la galerie de portraits

by

Toile de Toulouse-Lautrec Çà et là deux ou trois photos, Puis des amis qui se racontent, Et dont s’agrandit le troupeau, Avec un outil qui le compte. Des neufs, des vieux, des rigolos, Des charcutiers et des vicomtes, Des qui surfent de leur boulot (Mais pas besoin d’en avoir honte). Des commentaires instructifs, Ou quelquefois trop allusifs, Toute une vie qui se dévoile ; Ecriture de jour, de nuit, Propageant les différents bruits Que chacun glane sur la toile.

Une instruction silencieuse

by

Peinture de Fan Zeng Bouddha ne parle pas. Chaque fois qu’un adepte Dit qu’il l’a entendu, sache qu’il a rêvé. Si ce disciple danse en disant « J’ai trouvé », Il est dans les erreurs de notre monde inepte. Cette vie est errance, et ne suit nul précepte. Exode avec fardeau, et nos pieds entravés, Aussi, ne marche plus. Laisse-­toi dériver Et n’entre qu’en maison qui ta visite accepte. Bouddha ne parle pas. C’est pourquoi l’excellence De la compréhension se voit dans le silence, Comme, au fort du combat, se taisent les lutteurs. Bouddha ne parle pas. Mais le vent, parfois, chante Pour rendre la froidure, au matin, moins méchante, Pour donner un sourire, aussi, à l’instructeur.

Les débats

by

Toile de Caspar David Friedrich Belle chose, un débat qui soudain prend son vol. Les mots s’articulant, les idées prenant vie, Phrases dont l’abondance a de quoi faire envie, Rhétorique évoquant les effets de l’alcool. Poètes sommes­-nous, et non pas des guignols, Pure est notre pensée, et jamais travestie. Pas de complicité, aucune antipathie, Juste à l’endroit qu’il faut, quelques petits bémols. Les vers ne sont pas faits pour les conciliabules, Ils vont aux conclusions sans trop de préambules ; Et quand il faut frapper, ne frappent qu’un seul coup. Mais sur certains sujets je parviens à me taire. Sans être réservé ainsi qu’un militaire, Sur quelques points précis, je n’en dis pas beaucoup.

Vocalisations

by

Toile de Kandinsky Rat noir, (un blanc), Pli roux, Zut safran, Gros azur, Nous saurons au jour dit ta polarisation : Rat, noir galant trapu d’un fatigant patron Qui culminait autour d’un diagonal du mur, Culots d’os ; qui, ourdant du mitard ou du rang, Cartons aux staphylins, pions blancs, chocs d’avachis ; Pli, carmins, drap du lit, riant ainsi qu’unis Dans un jupon ou dans un lardoir abondant ; Zut, grammatisations, ronds alpins du satin, Pull du marlou qu’ornait son vautour, pull du fin Sillon qu’un Mishima au burin imprima ; Gros, finitif dindon aux sautoirs d’abattoir, Arçons ahurissant Dogons ou Nirvâna, Gros d’un vautour, rayon jaillissant dans Son Voir !­­

deux cents éléphants

by

Illustration de  Mary Hamilton Frye Ayant sur son chemin trouvé une oie magique, Le bonhomme en échange obtient un grand cheval Sur lequel il s’en va, loin du pays natal, Jusqu’en Inde où l’on voit des jardins magnifiques. Le cheval, s’amusant sur la place publique, Prend deux cents éléphants (il en veut, l’animal !) Et pratique avec eux un jeu original : Une balle, cinq murs, un vacarme horrifique. Le roi de ce pays survient à la mi­-temps Pour parler avec eux, déguisé en marchand ; Ils disent que son règne est fort peu méritoire. Il leur donne raison. Le bonhomme devient Le nouveau roi de l’Inde, et s’en sort plutôt bien ; Ceux du pays natal avec lui viennent boire.