Consolation précaire

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Toile Edvard Munch Je rêve chaque nuit de traverser le ciel Pour aller fréquenter les confins maritimes Où je vois ta maison. Mais je n’ai que ces rimes A t’offrir ce matin, qui n’ont point goût de miel. Ce qu’on nomme destin n’est pas providentiel, Nulle joie transcendante en nos moments ultimes. Mais j’aime cette vie, pourtant, et je l’estime, Ce qu’elle a de mauvais, je le dirai véniel. Puisque nos rêves sont des rêves de lumière, Puisque nous savons jouir de diverses manières, Notre vie quelquefois prend un sens, ici-­bas. Et si tu me réponds que ce sens est tristesse, J’embrasse tes deux yeux, partageant ta détresse, Le malheur peut briser, mais il n’efface pas Advertisements

La science

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Photographie anonyme Je ne sais pas apprendre au fil des expériences Et je n’en ai jamais tiré rien de concret. Bien des choses pour moi ont un puissant attrait Qu’en même temps j’observe avec de la méfiance. Or, moi, qui suis censé produire de la science, Je ne sais pas très bien ce que c’est, pour de vrai. J’ai appris là-­dessus des principes abstraits Dans des bouquins massifs, à lire avec patience. Compagne de la science, au niveau supérieur, L’épistémologie introduit les meilleurs Critères pour trouver ce qui la délimite. Rebelle à ces travaux est mon inspiration, Qui désormais renonce à ces opérations, Préférant versifier sur un rêve ou un mythe.

La liberté

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Peinture traditionnelle chinoise Je ne leur ferai plus la guerre Qu’ils crèvent de leur ambition Marchands de soupe et de galère Et marchands de révolution Mieux vaut la sagesse précaire D’un ermite en méditation Mieux vaut dormir mieux vaut se taire Qu’entrer dans leurs machinations Si je meurs dans les ans qui viennent Que de ma vie je me souvienne Sans tristesse ni sans fierté Je n’ai acquis nulle richesse Ni accompli nulle prouesse Mais j’ai gardé ma liberté

Retrocurriculum

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Toile de Gyuri Lohmuller Je mourus vers le soir, à la Sainte­-Graisseuse ; J’en eus les sacrements pour Saint­-Limonadier. Se termina mon règne à la Saint­-Brigadier Qui avait commencé à Sainte­-Paresseuse. Je fus fais chevalier à la Sainte-­Poisseuse. J’eus mon habit de cour à la Saint­-Charcutier, Car je savais danser depuis la Saint-Luthier, Et lire en un grand livre au jour de Sainte­-Osseuse. J’ai reçu mon épée pour Saint­-Apollinaire. On m’a versé du vin pour la Saint­-Mercenaire. On m’offrit des chevaux à la Saint­-Postillon. Je dis mes premiers mots à la Saint­-Carnivore. J’eus ma première dent à la Saint-Ellébore. J’étais venu au monde un jour de Saint-Grillon.

Je me souviens

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Toile de Picasso Je me souviens d’un pont qui menait à l’école, D’une vitrine ornée de cochons par milliers, De la magie qu’avaient les chemins familiers Et des fourmis courant au bas des herbes folles. Je me souviens d’un maître aimant les paraboles, Des leçons de latin d’un moine régulier (Capable d’expliquer un pluriel singulier), Et d’un grand-­père usant d’un langage frivole. Je me souviens d’avoir aimé les animaux Et les arbres du soir agitant leurs rameaux, Et les petits gâteaux au parfum de cannelle. Je me souviens de vous, mes compagnons de jeux, Je me souviens du jour limpide ou… Continue reading

Cunégonde

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Toile d’artiste inconnu Je me souviens de Cunégonde qui avait délaissé ce monde dans lequel la luxure abonde et fut dans une chambre ronde pour recueillant les bonnes ondes avoir une pensée féconde ainsi qu’une vertu profonde et au mal ne lâcher la bonde mais le désir en elle gronde ce qui jadis lui fut immonde emplit son esprit et l’inonde dommage qu’ainsi se morfonde la fille autrefois vagabonde beauté à nulle autre seconde

Une exclaustration

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Toile de Picasso Je m’étais réfugié, encore adolescent, Dans la cellule tiède, au coeur du monastère. Peu sévère était l’Ordre et nullement austère, Ce que nous apprenions était intéressant. Puis, nous faisions partie du groupe des puissants, Pour nous les paysans faisaient vivre leur terre, Pour nous les commerçants ont armé leurs galères, Facile de payer, rien qu’en les bénissant. Maintenant je suis vieux, dévasté par le doute, La voie que j’ai suivie, est-­ce une fausse route ? J’inscris cette question sur mes longs parchemins. J’inscris cette question qui devient un poème, Si cette vie sur terre est faite pour qu’on aime, Aimer la poésie est aussi un chemin.

Une égratignure

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Toile de Dali J’égratigne ma chair aux épines des roses En marchant, tout distrait, dans mon jardin, le soir. Jardin à l’abandon, seule la pluie l’arrose, Certains endroits pourtant sont toujours beaux à voir. L’herbe en se flétrissant n’est pas au désespoir, Blonde et inanimée au sol elle repose. Les vitres du salon deviennent des miroirs Où un autre jardin d’autres fleurs se compose. Le ciel de ce dimanche est un beau ciel d’été, Un ciel pour gens heureux (et nous l’avons été Au moins quelques instants, échangeant des paroles) ; Soyons heureux ce soir, demain il fera jour, L’hirondelle en allée ne revient pas toujours, Mais soyons fous un peu, car cette vie est folle.

Le blog de Neige

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Peinture traditionnelle chinoise Je lis tes mots écrits dans la Chine lointaine, Racontant tes plaisirs, ton travail, tes ennuis. Je t’écris dans le jour, tu me lis dans la nuit. La parution suivante est toujours incertaine. Ces notes de chevet qui sont là par centaines, Ce sérieux témoignage où l’humour s’introduit, Le récit d’une vie, l’émotion qu’il produit, Dans un français plus clair que l’eau d’une fontaine… Cette eau ne coule plus, depuis pas mal de jours ; L’arbre le mieux fleuri ne fleurit pas toujours, Tu dois passer ton temps à des choses sérieuses. C’était juste un merci, au nom de tes lecteurs, Tes compagnons de plume et tes admirateurs : Jamais ne fut plus belle une contrée neigeuse.