les treize penseurs

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Photographie de Jacques-André Boiffard Jules Renard me dit : « Tu mets les mots en cage, De ton oisiveté veux-tu gloire tirer ? » Caton : « Tu dois découdre, et non point déchirer… Continue reading

Une fourmi

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Peinture de Dai Jin Jour et nuit sur la terre au même instant existent. Vie et mort en mon âme ont droit de s’exprimer ; Si je ne parviens pas à les faire… Continue reading

Une pieuse retraite

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Gravure Edward Von Grutzner Je traîne la savate aux environs d’Albi ; Au bord de mon chemin je vois un monastère. Trois moines en latin chantent les vieux mystères, Besoin d’un quatrième, ils… Continue reading

Un autoportrait de 2010

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Photographie de JBB par Melvyn Bonnafé Je suis un banlieusard de cinquante-six ans, De Seine-Saint-Denis je vais jusqu’en Essonne Rejoindre mon bureau dans lequel je m’adonne A deux ou trois projets, rien de bien reluisant.… Continue reading

Un calendrier farfelu

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Calendrier Kiowa Je suis né un matin de Sainte-Blanchisseuse, J’ai reçu le baptême à la Saint-Compotier, Puis passé mon brevet au jour de Saint-Potier, Le bac trois ans plus tard pour la Sainte-Tisseuse.… Continue reading

Le troubadour

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Toile de Giorgio De Chirico Je suis loin de valoir mes aïeux troubadours, Ma langue est trop bavarde et fait trop de détours. Je ne sais au lecteur faire voir une dame Ni faire partager une mordante flamme. Un visage entrevu le soir à contre-­jour, Silhouette apparue avec ou sans atours, Mais surtout le sourire et la voix d’une femme… Or je n’avais le droit de saisir aucune âme. Et ce commandement : distance préserver, Fait que pas un seul mot ne fut dit face à face, Malgré cent mille mots transmis et archivés. Mais ce fut sur la toile, un virtuel espace. Devons-­nous te maudire ou te bénir, époque Qui permets l’éclosion de ces amours baroques…

Je suis le Goupillon

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Photographie de Doisneau Je suis le Goupillon, et je peux contrôler Le lézard d’Aquitaine et la sole abolie. Mais ma Mémoire est morte, et mon porc constellé Porte le roi Simon à la mélancolie. En ouvrant un tonneau, le roi m’a consolé, C’était dans un troquet, avenue d’Italie, Car le pinard plaît à mon esprit désolé, Tandis que le lézard à la sole s’allie. Suis­-je Cochonfucius ? Suis-­je donc un peu rond ? Mes yeux se plongent dans les yeux verts de la reine, J’ai sous le crâne un son plus fort qu’une sirène. Je vois le lézard-sole appeler le patron, Car il a trop la dalle et il voudrait bouffer Une poire au comptoir avec un p’tit café.

un prophète

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Toile de Martel Chapman Je suis la voix qui crie à travers le désert, J’appelle les nations à se tenir en garde. Le fils du charpentier va devenir un barde Et va vous submerger d’aphorismes divers. Il ira promettant un monde sans hiver, Royaume pour les purs, tout en bois sans échardes. Si de ce beau royaume, hélas, la venue tarde, Il bénira quiconque y croit dur comme fer. Ne l’écoutez pas trop, car ce n’est qu’un poète, En voulant faire l’ange, il fait souvent la bête. Il ignore la science et le juste milieu. Imitez-­moi plutôt, j’écoute la nature Qui chaque jour redit aux humbles créatures : N’ayez point de prophète, il n’existe aucun Dieu.

Prenant deux fois la tangente

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Toile de Edmund Blair Leighton Je suis de bel acier, je suis un fier emblème, Epée de la noblesse, arme de la grandeur. Je fus jadis remise à un grand pourfendeur D’équations, de calculs, de courbes, de problèmes. Il portait un beau nom, et il eut son baptême De polytechnicien en sa jeune splendeur. Plus d’un grade en sa vie dont il fut demandeur Lui a été donné, même l’honneur suprême, Puisque notre patrie en fit son président. Il se croit écrivain, ça n’a rien d’évident, Je suis, sur ses vieux jours, épée académique. Plus qu’un pareil endroit me plairait un placard ; Maître, avant de quitter ces lieux sur un brancard, Rends-­moi au prochain qui entre à Polytechnique