Retrocurriculum

by

Toile de Gyuri Lohmuller Je mourus vers le soir, à la Sainte­-Graisseuse ; J’en eus les sacrements pour Saint­-Limonadier. Se termina mon règne à la Saint­-Brigadier Qui avait commencé à Sainte­-Paresseuse. Je fus fais chevalier à la Sainte-­Poisseuse. J’eus mon habit de cour à la Saint­-Charcutier, Car je savais danser depuis la Saint-Luthier, Et lire en un grand livre au jour de Sainte­-Osseuse. J’ai reçu mon épée pour Saint­-Apollinaire. On m’a versé du vin pour la Saint­-Mercenaire. On m’offrit des chevaux à la Saint­-Postillon. Je dis mes premiers mots à la Saint­-Carnivore. J’eus ma première dent à la Saint-Ellébore. J’étais venu au monde un jour de Saint-Grillon.

Je me souviens

by

Toile de Picasso Je me souviens d’un pont qui menait à l’école, D’une vitrine ornée de cochons par milliers, De la magie qu’avaient les chemins familiers Et des fourmis courant au bas des herbes folles. Je me souviens d’un maître aimant les paraboles, Des leçons de latin d’un moine régulier (Capable d’expliquer un pluriel singulier), Et d’un grand-­père usant d’un langage frivole. Je me souviens d’avoir aimé les animaux Et les arbres du soir agitant leurs rameaux, Et les petits gâteaux au parfum de cannelle. Je me souviens de vous, mes compagnons de jeux, Je me souviens du jour limpide ou… Continue reading

Cunégonde

by

Toile d’artiste inconnu Je me souviens de Cunégonde qui avait délaissé ce monde dans lequel la luxure abonde et fut dans une chambre ronde pour recueillant les bonnes ondes avoir une pensée féconde ainsi qu’une vertu profonde et au mal ne lâcher la bonde mais le désir en elle gronde ce qui jadis lui fut immonde emplit son esprit et l’inonde dommage qu’ainsi se morfonde la fille autrefois vagabonde beauté à nulle autre seconde

Une exclaustration

by

Toile de Picasso Je m’étais réfugié, encore adolescent, Dans la cellule tiède, au coeur du monastère. Peu sévère était l’Ordre et nullement austère, Ce que nous apprenions était intéressant. Puis, nous faisions partie du groupe des puissants, Pour nous les paysans faisaient vivre leur terre, Pour nous les commerçants ont armé leurs galères, Facile de payer, rien qu’en les bénissant. Maintenant je suis vieux, dévasté par le doute, La voie que j’ai suivie, est-­ce une fausse route ? J’inscris cette question sur mes longs parchemins. J’inscris cette question qui devient un poème, Si cette vie sur terre est faite pour qu’on aime, Aimer la poésie est aussi un chemin.

Une égratignure

by

Toile de Dali J’égratigne ma chair aux épines des roses En marchant, tout distrait, dans mon jardin, le soir. Jardin à l’abandon, seule la pluie l’arrose, Certains endroits pourtant sont toujours beaux à voir. L’herbe en se flétrissant n’est pas au désespoir, Blonde et inanimée au sol elle repose. Les vitres du salon deviennent des miroirs Où un autre jardin d’autres fleurs se compose. Le ciel de ce dimanche est un beau ciel d’été, Un ciel pour gens heureux (et nous l’avons été Au moins quelques instants, échangeant des paroles) ; Soyons heureux ce soir, demain il fera jour, L’hirondelle en allée ne revient pas toujours, Mais soyons fous un peu, car cette vie est folle.

Le blog de Neige

by

Peinture traditionnelle chinoise Je lis tes mots écrits dans la Chine lointaine, Racontant tes plaisirs, ton travail, tes ennuis. Je t’écris dans le jour, tu me lis dans la nuit. La parution suivante est toujours incertaine. Ces notes de chevet qui sont là par centaines, Ce sérieux témoignage où l’humour s’introduit, Le récit d’une vie, l’émotion qu’il produit, Dans un français plus clair que l’eau d’une fontaine… Cette eau ne coule plus, depuis pas mal de jours ; L’arbre le mieux fleuri ne fleurit pas toujours, Tu dois passer ton temps à des choses sérieuses. C’était juste un merci, au nom de tes lecteurs, Tes compagnons de plume et tes admirateurs : Jamais ne fut plus belle une contrée neigeuse.

le catalogue

by

Toile de Max Ernst Je chante des chansons avec Clément Marot, Dressé actif j’attends comme Jean de Boschère, Je contemple le fleuve ainsi qu’Apollinaire, J’écoute la leçon de Jacques Charpentreau. Je longe le ruisseau d’Hégésippe Moreau, J’aide à ses traductions Blaise de Vigenère, Je vois venir la nuit si douce à Baudelaire, Je suis Grabinoulor dans Pierre Albert-­Birot. Je caresse le chat de Maurice Carême, Je peins une tortue avec Tristan Derème, Je vois l’ombre d’un zèbre… Continue reading

Les voix

by

Toile de Waterhouse Jeanne allait au combat sur sa blanche cavale. Il fallut traverser une noire forêt. Des guerriers un peu fous et des prêtres discrets Ont formé autour d’elle une escorte loyale. On entendit au loin sonner la cathédrale. Aussitôt le vaillant seigneur Gilles de Rais A mis dans le sous-­bois sa monture à l’arrêt. Il pose une question d’une voix sépulcrale : Jeanne, en ce même instant, un ange parle­-t-­il ? Il se moque, le preux, le plaisant, le subtil, Des transcendantes voix parlant à la bergère. Jeanne dit : Compagnon, ici c’est Dieu qui parle, Comme en un futur… Continue reading

Le grand Charles

by

Toile de Donato Giancola Jeanne affronta l’Anglais tout un jour de juillet, Qui à la fin du jour de partout s’enfuyait. Or, s’étant endormie, elle vit, sans armure, Un chevalier français à la haute stature Qui d’une main sur elle, en douceur, s’appuyait, Tout en lui demandant si point ne l’ennuyait. Jeanne qui lui trouvait une bien noble allure Le pria de narrer sa dernière aventure. Charles, précisa-­t-­il, est le nom que je porte. Avant que les Anglais du malheur ne la sortent, La patrie en mon temps bien des maux a souffert. Jeanne, un peu incrédule, écoute le grand Charles Et songe à ce qu’il dit. Puis d’autre chose ils parlent,… Continue reading