Une instruction silencieuse

Peinture de Fan Zeng Bouddha ne parle pas. Chaque fois qu’un adepte Dit qu’il l’a entendu, sache qu’il a rêvé. Si ce disciple danse en disant « J’ai trouvé », Il est dans les erreurs de notre monde inepte. Cette vie est errance, et ne suit nul précepte. Exode avec fardeau, et nos pieds entravés, Aussi, ne marche plus. Laisse-­toi dériver Et n’entre qu’en maison qui ta visite accepte. Bouddha ne parle pas. C’est pourquoi l’excellence De la compréhension se voit dans le silence, Comme, au fort du combat, se taisent les lutteurs. Bouddha ne parle pas. Mais le vent, parfois, chante Pour rendre la froidure, au matin, moins méchante, Pour donner un sourire, aussi, à l’instructeur.

Les débats

Toile de Caspar David Friedrich Belle chose, un débat qui soudain prend son vol. Les mots s’articulant, les idées prenant vie, Phrases dont l’abondance a de quoi faire envie, Rhétorique évoquant les effets de l’alcool. Poètes sommes­-nous, et non pas des guignols, Pure est notre pensée, et jamais travestie. Pas de complicité, aucune antipathie, Juste à l’endroit qu’il faut, quelques petits bémols. Les vers ne sont pas faits pour les conciliabules, Ils vont aux conclusions sans trop de préambules ; Et quand il faut frapper, ne frappent qu’un seul coup. Mais sur certains sujets je parviens à me taire. Sans être réservé ainsi qu’un militaire, Sur quelques points précis, je n’en dis pas beaucoup.

Vocalisations

Toile de Kandinsky Rat noir, (un blanc), Pli roux, Zut safran, Gros azur, Nous saurons au jour dit ta polarisation : Rat, noir galant trapu d’un fatigant patron Qui culminait autour d’un diagonal du mur, Culots d’os ; qui, ourdant du mitard ou du rang, Cartons aux staphylins, pions blancs, chocs d’avachis ; Pli, carmins, drap du lit, riant ainsi qu’unis Dans un jupon ou dans un lardoir abondant ; Zut, grammatisations, ronds alpins du satin, Pull du marlou qu’ornait son vautour, pull du fin Sillon qu’un Mishima au burin imprima ; Gros, finitif dindon aux sautoirs d’abattoir, Arçons ahurissant Dogons ou Nirvâna, Gros d’un vautour, rayon jaillissant dans Son Voir !­­

deux cents éléphants

Illustration de  Mary Hamilton Frye Ayant sur son chemin trouvé une oie magique, Le bonhomme en échange obtient un grand cheval Sur lequel il s’en va, loin du pays natal, Jusqu’en Inde où l’on voit des jardins magnifiques. Le cheval, s’amusant sur la place publique, Prend deux cents éléphants (il en veut, l’animal !) Et pratique avec eux un jeu original : Une balle, cinq murs, un vacarme horrifique. Le roi de ce pays survient à la mi­-temps Pour parler avec eux, déguisé en marchand ; Ils disent que son règne est fort peu méritoire. Il leur donne raison. Le bonhomme devient Le nouveau roi de l’Inde, et s’en sort plutôt bien ; Ceux du pays natal avec lui viennent boire.

Sur Un Air De Verlaine

Photographie de Doisneau Ayant chassé la biche unique qui appelle, Je me suis promené mais j’avais un peu faim. La biche savourait le soleil du matin, Colorant chaque fleur d’une utile aquarelle. Rien n’a changé. J’ai tout connu : l’humble gamelle De clématite avec les noms de mes cousins ; Le moineau fait toujours son murmure vilain Et le voiturier sa plainte traditionnelle. Les gloires comme avant palpitent ; comme avant, Les moineaux orgueilleux se consolent au vent, Chaque buvette qui va et vient m’est connue. Pire, j’ai retrouvé debout le Grand Bougnat Dont le cuivre verdit au bout de l’avenue, ­­ Grêle, parmi l’odeur pauvre du jojoba.

Improductif

Toile de Norman Rockwell Avril a déployé sa force lumineuse, L’aile du noir corbeau se transforme en miroir Et les verts marronniers vibreront jusqu’au soir Du doux frémissement d’abeilles butineuses. Loin du travail… Continue reading

Le temps

Toile de Dali Avec aucun organe on ne perçoit le temps. D’ailleurs il ne se tient pas dans les phénomènes, Il ne fait qu’émerger quand l’esprit se promène Auquel en aucun cas il… Continue reading

La méthode

Toile de Mattheus van Hellemont Avant toute recherche, il faut des expériences Bâtissant un réseau de résultats concrets ; Car si l’inspiration a de puissants attraits, Dans bien des cas, on doit la… Continue reading

Je me souviens des antipodes

Collage de Max Ernst Aux confins s’en aller, loin, très loin du plaisir, S’endormir au milieu d’un territoire sombre, S’abriter, se tapir, se laisser rétrécir… Oublier les dangers qui rôdent en grand nombre… Continue reading