Escargot sur une vitre

Peinture traditionnelle coréenne. Escargot sur ma fenêtre, Tu traverses le ciel gris, Lent comme le sont les maîtres : Les jardins te l’ont appris. Quand je puis me le permettre, J’aime paresser ainsi,… Continue reading

Le commentaire du barde

­­ Timbre français d’après Uderzo  –Ermite et moine ont tort de s’affronter en rimes, Ça ne peut qu’affaiblir leur transcendant regard. Prenez le sans-issue comme point de départ, Contemplez-le de près, devenez son intime. Ne cherchez pas de vers qui telle chose expriment, Ils auraient des échos indécents, quelque part. Ne vous dévoilez pas en des dictons hagards, Allez vers l’intérieur, allez vers le sublime. Or, le moine et l’ermite ont dans un bel accord Reproché au rimeur d’agir en esprit fort. ­­ Apprends­-nous le métier ! Remets-en une couche ! A d’autres assemblées va proposer ton chant ; De ce lieu si un jour on te voit approchant, On te demandera de bien taire ta bouche.

Un hommage

Photographie de Elina Brotherus En rêve j’entendis une chanson gitane Destinée au flâneur qui vers l’horizon fuit, Non pas loin du travail, non pas loin de l’ennui, Mais vers la dune où meurt la lueur océane. Son surmoi le poursuit, disant, tu es un âne, Et nul des deux ne voit où la route conduit. Il n’importe. Aussitôt que tombera la nuit, Adviendra cet instant où leur conflit se fane. J’écris ces quelques mots, bien posé sur mes fesses, Mon corps en écrivant nullement ne s’affaisse ; Je ne sais si ces vers passeront à l’oral. Or, des mots d’une amie, avoir été la cible, Voilà que monte en moi une humeur indicible : Le pur ciel de midi en devient sidéral.

Une machine

Toile de Giorgio de Chirico En rêve, j’ai construit une étrange machine Qui ne reposait pas sur la numération. Mes chefs m’ont demandé par quelle aberration Elle fait, malgré tout, des trucs qui se terminent. J’ai dit : « Les composants sont fabriqués en Chine, Ils peuvent supporter des approximations ; Ce qui fait l’essentiel de leur animation, C’est de la sémantique assez subtile, et fine. » Ils ont dit : « Mais pourtant, ton truc ne sert à rien, Il crache des sonnets qui ne riment pas bien, Et même quelquefois, horreur, des villanelles ». J’ai répondu… Continue reading

Une formation

Toile de William Blake En rêve, j’accomplis un stage pour être ange. Suivre la voie du bien, chaque heure, chaque instant, Surveiller les mortels, auprès d’eux voletant, Contrôler leur boisson, vérifier ce qu’ils mangent, Voir s’ils n’adoptent pas des positions étranges, Surtout, s’ils pensent bien à se brosser les dents, Eviter qu’ils ne soient d’un poison dépendants, Faire que leurs efforts soient dignes de louange… Je n’étais point taillé pour pareille aventure, Et ma mission finit dans la déconfiture ; D’ailleurs, je m’y étais quelque peu attendu. Braves mortels, pécheurs, que le serpent vous garde, Il comprend mieux que moi où vos coeurs se hasardent, Moi qui par vos façons fus toujours confondu.

La fin du parcours

Photographie de Kōzaburō Tamamura En rêve il se souvient de celui qu’il était, Son passé de corbeau, il le voit clairement, Ses noirs envols visant en vain le firmament, Son désir d’un plumage aussi blanc que le lait. Plus ne sera corbeau, même s’il le voulait. En primate il finit sa vie, bien sagement, Puis il ira dormir, petit tas d’ossements. Le cycle aura ainsi été rendu complet. C’est vrai qu’il est des jours où s’enivre l’esprit D’aimer, de versifier, ou simplement, il rit D’un pissenlit lançant au loin ses parachutes ; Mais tout cela se fait en attendant la mort Qui abolit le deuil, la peine et le remords. Dès l’envol on s’attend à finir par la chute.

Un recueil

Toile André Martin de Barros En ouvrant mon courrier le trois novembre au soir, Je découvre un ouvrage à couverture grise, Non que ce fût pour moi la totale surprise, Mais voilà qui me fit vraiment plaisir à voir. Dans l’antre calme où j’ai coutume de m’asseoir, Je bois paisiblement ma bière à la cerise, J’entame ma lecture et je me mets aux prises Avec les mille éclats de ce précieux miroir. Je reconnais ici mes compagnons de plume, Tantôt ils me font rire, et mon regard s’allume, Tantôt je suis troublé de sentiments divers. Pour notre anniversaire et pour tous ceux qui viennent, Que mes voeux de bonheur jusqu’ici vous parviennent, Merci pour ce soleil à l’entrée de l’hiver.

Une remembrance

Toile de Matisse Du pays de mémoire un chant m’est parvenu Qui date de ce temps où je courais ma chance En allant t’admirer, à ta porte, en silence, Mon âme était limpide et mon coeur était nu. D’où vient que de ces soirs je me suis souvenu ? La mémoire a parfois d’étranges turbulences Et l’esprit au travers des temps anciens s’élance Dont il n’était, pour vrai, pas même revenu. Toi qui ne sais trancher entre veilles et songes Car chacun de ces deux dans l’autre se prolonge, Chacun des deux reprend de l’autre les tracas, Ma vie, ne te prends pas pour une tragédie, Tu seras un pastiche ou une parodie, Un paisible chemin vers un banal trépas.

Dans le lointain

Peinture japonaise D’un sonnet, certains jours, s’entrecoupe un silence, De mots que, toi ou moi, nous aimons à choisir. Le poids de quelques vers échangés à loisir, Qui dira de combien il charge les balances… Puisque ces jours d’été sont jours de nonchalance, Puisqu’ils sont consacrés à l’exil, aux plaisirs, A la satisfaction de modestes désirs, Accordons-­leur d’un chant la subtile ordonnance. Des jours plus ou moins gris peuvent bien survenir : Nous irons nous cacher au creux d’un souvenir Comme au creux d’un rocher, deux escargots semblables. Comme deux papillons qui, d’instant en instant, Avancent au jardin, l’un de l’autre distants, N’ayant pour se parler que gestes ineffables.