le mouvement social

Toile de Bruegel l’Ancien Dieu sonnait pour avoir son café matinal. Mais Gabriel survint, mains vides, triste mine. « Seigneur, pardonnez­-moi, je viens de la cuisine, Pas de café, suite à un mouvement… Continue reading

Un carburant fossile

Toile de Dali Dieu avait réuni, dans un premier Jardin, Un Adam raisonnable avec une Eve pure. Le serpent n’a pas pu tenter ces créatures, Ils ont donc prolongé leur bonheur anodin. Dieu, de cette vertu, un peu jaloux, soudain, Sous la pierre écrasa cette verte nature. Ils ont connu, vivants, la lourde sépulture, Ceux envers qui l’amour est devenu dédain. Passe une éternité sous le couvercle gris ; Ne resta des enfants du premier Paradis Que chair décomposée en un jus noir qui colle. Au bout de l’audacieuse expérimentation, Humant le noir produit de la fermentation, Dieu vit qu’il était bon, et le nomma «pétrole».

Le surmoi

Toile de Maurice Denis Dialogue entre raison et violente passion Au-dedans d’une tête induit la crispation : Aux désirs de fusion, aux amoureux mirages, La crainte du malheur oppose son barrage. Mon surmoi dans mon crâne est son propre maton, Il se tient tout rigide avec son gros bâton, Il est là tout le temps, moi qui aime l’orage, Il m’interdit l’abord des orageux parages. Mais mon coeur en fusion n’est pas moins amoureux, Et d’un pareil amour il n’est pas moins heureux Que s’il pouvait plonger comme un amant fidèle Dans la douce chaleur de ce lac de beauté Pour croquer des fragments de son éternité… Continue reading

La connivence

Toile d’Andrea Vasquez-Davidson Deux étions qui aimions nous tenir auprès d’elle, D’abord notre bon sens a dû s’en estourbir. Elle, muse, sirène, antilope, hirondelle, Ce qu’elle nous fit voir on aima le subir. Faisant trembler les corps dans un ardent désir, Distillant chaque jour une phrase nouvelle, Elle nous mit au lieu où l’on ne sait choisir… Hélas, sur ses portraits, comme je la vois belle ! C’est sur la poésie que mon explication A porté, même si tu as la tentation De penser que je fais le portrait d’une muse. Muse sans poésie, ce ne serait qu’un jeu, Poésie sans la muse aurait bien faible enjeu. Il est des mythes dont jamais nul ne s’abuse.

Un discours silencieux

Sculpture de Vera Dorrer Des paroles nous vient illusion de puissance, Complice en est souvent un patient auditeur. Mais si l’on veut un jour prendre de la hauteur, Rien n’est plus expressif qu’un modeste silence. Rodin nous donne à voir un homme nu qui pense, Plus éloquent ainsi que bien des orateurs. Cette antique leçon que transmet le sculpteur Possède la saveur des belles évidences. Le chat dans le jardin sait cela, j’en suis sûr, Allant sans aucun bruit dans le matin obscur A l’heure où d’un oiseau retentit le ramage. Même l’écrit, souvent, se montre superflu. Oublie ces quelques vers quand tu les auras lus : Tu vois bien qu’ils ne sont qu’un léger bavardage.

Le rêve du mulet bleu

Toile d’Edvard Munch Dès l’aube un mulet bleu s’est figé comme un porc Dans le bar de Cluny où Daniel fait la plonge. On le dirait surpris par le philtre d’un songe, Evadé du réel, béat sur ses pieds forts. Oh ! bien loin de rêver, ce mulet bien retors Fait dans notre taverne un geste de mensonge. Dans l’immobilité que sa ruse prolonge, Rien de nos mouvements n’échappe à son oeil d’or. Qu’une mouche imprudente approche, l’air tranquille Et prompt à la saisir avec un geste agile, Il fera de sa vie errante, son festin. Qu’importe à ce guetteur ce noble paysage ? Seul un désir brutal remplit son coeur sauvage, Et, svelte dans l’aurore, il incarne la Faim.

La planète ignorée

Toile de Gauguin Derrière le soleil se cache une planète Qui, par rapport à nous, tourne en opposition. Elle abrite un état de civilisation Marqué par la douceur et le sens de la fête. Comparés à ceux-­là, nous sommes un peu bêtes. Ils rient facilement, à notre évocation ; S’ils débarquent chez nous pour une exploration, C’est surtout l’occasion de se payer nos têtes. Quand ils rentrent chez eux, leur fusée fait escale Sur Vénus, une étape humide et tropicale ; Des reptiles géants peuplent ce monde vert. Une fois qu’ils ont fait le tour de nos problèmes, Ces voisins ont choisi de laisser à eux­-mêmes Les malheureux Terriens, honte de l’Univers.

les paroles vagabondes

Toile de Dali De forum en forum, plusieurs voix se répondent. Sur ces pages sans fin, nous sommes des errants, Auteurs de textes flous, de phrases vagabondes, Dont les échos, longtemps, flottent sur nos écrans. Chaque forum fermé se veut un micro­-monde. Qui passe d’un à l’autre, auteur itinérant, Se construit, de ce fait, l’identité seconde Ou tierce, où ses propos se vont réverbérant. C’est, quand même, un bonheur d’accueillir une intruse Dont on a souvenance au temps qu’elle était muse, Même si vers l’antan, nul ne peut repartir. Or donc, dans la nature un ermite se terre, Car il prend cette vie comme un trop lourd mystère : Que faire, alors, pour lui… Ecouter, compatir.

Une expédition spatiale

Art Huichol Dans un petit album au dos de percaline, Des photos d’univers multidimensionnels, Un vrai poème optique et gravitationnel : Si c’est d’un architecte, il est sous mescaline. Assis dans mon grenier qui sent la naphtaline, Je parcours, d’un regard omnidirectionnel, Ce recueil de clichés vraiment exceptionnels : Et bientôt, je franchis le mur de cornaline Qui tient lieu de frontière aux mondes transcendants. Et, dès lors, entouré des fiers astres chantants, Je me baigne au cristal qui vibre et me transporte. Soudain, ces clairs sentiers redeviennent obscurs :… Continue reading