Category Archive: Sonnet

Les cavaliers

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Toile de Gyuri Lohmuller C’est un cavalier jaune, il veut que je lui dise Ce qu’est une émotion. Je lui dis : « La notion N’est pas bien définie, oublie donc ta question, Elle conduirait à de vaines analyses. » C’est un cavalier mauve, il veut que je précise Ma dernière allusion. Je lui dis : « La pulsion Qui produit ta demande est le fruit d’illusions. Répondre, de ma part, serait une sottise ». Au cavalier orange un mot de balistique, Puis au cavalier rose un cours de linguistique, Sur le même refrain, la réponse est « Zéro ». Pour le cavalier rouge, aimant les théorèmes,… Continue reading

une île

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assemblage de photographies anonymes   C’est, proche de la Chine, un coin de paradis, Ça se passe au temps où peu de nous étaient chastes, Les amours d’occasion ne semblaient pas néfastes, Le monde, depuis lors, s’est un peu affadi. Un pays merveilleux, cent poètes l’ont dit. Des habitants très purs, ne formant nulle caste, Beaux corps et ventres plats comme autant de gymnastes, Ignorant tout à fait notre monde maudit. Nous étions là­-bas deux voyageurs ordinaires, Vivant une passion nullement littéraire… S’il y eut des amants fous, nous en avons été. Que reste­-t-­il du feu de ces jours dans nos âmes ? Ce qu’il reste d’un feu quand il n’a plus de flammes, Ce qu’il reste en hiver des souffles de l’été.

Grandeur et décadence d’un peu tout le monde

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Toile de Dali C’est sur un tapis bleu qu’est le trône royal, Bleu comme les rideaux des vieux châteaux de France. Quand on est au pouvoir, on soigne l’apparence, C’est là, pour un monarque, un art immémorial. C’est sur un tapis blanc que le roi, triomphal, Honore sa maîtresse en gardant la cadence, Puis, après la dînette, et quelques confidences, Il prendra son repos dans le lit conjugal. Mais sur un tapis rouge on a jeté son corps. Quel drame a renversé le fabuleux décor ? C’est la révolution, victorieuse et tragique. Ils ne reviendront plus, ces règnes abolis Où l’homme, tel un marbre, était dur et poli. De moins en moins nombreux en sont les nostalgiques.

Marie­-Madeleine

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Toile de Max Ernst C’est Marie-­Madeleine, une humble pécheresse, Qui sut apprivoiser le fils du charpentier. Il ne l’eut pour servante et n’en fit sa moitié, Mais marcher auprès d’elle était une allégresse. Les apôtres bientôt la nommèrent prêtresse… Or cette troupe-­là marchait sur les sentiers Pour parler à chacun d’amour et d’amitié, Guérir les maladies, soulager la détresse. Le fils du charpentier comprend qu’il doit mourir. A Madeleine il dit d’éviter de courir Aucun risque inutile. Elle dit : Tu ordonnes Ton propre sacrifice et ton immolation, Nous laissant dans la crainte et la désolation… Du fond de mon chagrin, Seigneur, je te pardonne.  

Mais aux genoux, point de hiboux

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Toile de Antonio Segui Ce sont les oncles des crapauds Qui tricotèrent sans repos Pour leurs neveux, des oripeaux, Puis s’en allèrent au tripot. Voyant les couleurs du drapeau, Ils soulevèrent leur chapeau, Et même ils ont offert un pot Aux conseillers municipaux. Ensuite ils montent une expo De grands portraits épiscopaux Tracés sur des feuilles d’impôts. Mais cette histoire est du pipeau ! Nos lecteurs, fidèle troupeau, Ne gobent point de tels propos.

Ce sont…

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Image extraite de Another brick in the wall Ce sont les nièces des vampires Qui voulaient étudier Shakespeare A la lumière d’un lampyre Dans un coin perdu de l’empire. Au bout d’une heure, elles soupirent : Comme étude on ne fait point pire ; Aux exploits sportifs on aspire, Aux gestes qui font qu’on respire. Ces nièces que le sport inspire Vont sur le terrain, et transpirent, Puis contre l’arbitre conspirent ; Nièces qui lecture rompirent Puis aux vestiaires se tapirent ; Enfin, qui sait pourquoi, glapirent.

Mandelstam voit un lion

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image de l’auteur Ossip Mandelstam (Осип Мандельштам : Мария и Лев) ——————————————————– Мне вспомнился старинный апокриф – Марию Лев преследовал в пустыне По той простой, по той святой причине, Что был Иосиф долготерпелив.… Continue reading

Un dialogue

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Toile de Dali César s’en expliqua un beau jour à sa femme : La reine Cléopâtre était si désirable (Et l’enjeu politique en plus, considérable) Bref, il n’avait pas pu modérer cette flamme Qui avait brusquement dévoré leurs deux âmes… Cela dit, en ayant un regard raisonnable, Le mariage officiel devrait bien rester stable Car sinon le public risquait d’en faire un drame. J’ai compris, dit l’épouse, ainsi tu n’as fauté Qu’à cause d’un grand charme et de tant de beauté Que toute résistance, à coup sûr, était vaine. Mais tu me permettras donc de m’aventurer Chez Vercingétorix que tu as capturé ? Le pauvre, il est bien seul depuis quelques semaines.

La visite

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Estampe de Kitagawa Utamaro César a dit adieu à la reine égyptienne, Car il veut respecter son vrai lien conjugal ; Cléopâtre, lâchant un combat inégal, Reprend la liberté qui fut toujours la sienne. César eut ses amours, sa femme avait les siennes ; La réconciliation leur fit un sort fatal. A Vercingétorix, cet empereur tribal, La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ». Cléopâtre le sut et obtint du gardien De la prison d’aller lui faire un peu de bien ; Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une… Continue reading