Category Archive: Sonnet

Heidegger devant la porte

Toile de Picasso Connaissons-­nous l’amour, au­-delà des symptômes ? L’art qui se développe à l’étage inférieur Est dépourvu d’index aux niveaux supérieurs : Nul ne cite Heidegger au métaphysiodrome. Naviguant à la voile,… Continue reading

Un bilan

Toile de Peter Van Straten Composer un poème est un acte de foi. Ce n’est pas seulement parler de joie, de peine, De l’ennui remplissant les jours et les semaines… Ce n’est pas que pleurer sur un tort d’autrefois ; C’est dire le présent, sans passion et sans haine, Les bras ouverts prenant la forme d’une croix, Le bonheur fugitif auquel, quand même, on croit, Et le vent de printemps qui fait l’âme sereine. Pour écrire un poème, il faut juste une plume Et peut­-être un semblant de désir qui s’allume Par un échauffement de l’imagination. Les mots sont à chacun dévolus en partage Ainsi que le pouvoir de lire les images ; Après… cela demande un peu d’application.

Se perdre en forêt

Toile de Dali Comme un homme égaré dans la forêt profonde, Le poète au jardin est traversé d’effroi. Tout n’est­-il donc que leurre et tristesse en ce monde, Qu’un acheminement vers le sépulcre froid ? Vainement aux entours jetant des coups de sonde, L’égaré ne sait plus comment sortir du bois. Sur un même sentier sa trajectoire ronde Le ramène toujours dans les mêmes endroits. Mais une goutte d’eau quelquefois sur sa lèvre, Le saut d’un écureuil, la gambade d’un lièvre, Lui font aimer pourtant la piste, au petit jour. Il est charmé surtout par l’apaisant silence Dont est souvent saisi notre univers immense ; Ce silence est prière au soleil des amours.

Le temps nous use et nous distille

Toile de Klimt Cochonfucius, dans sa jeunesse, Pouvait porter de grands fardeaux. Mais il était un peu lourdaud, Il a bien gagné en finesse. Son âme, maintenant plus pâle, Prend des traits un peu monacaux, Sa parole crée moins d’écho, Mais ce n’est pas pour ça qu’il râle. Car son esprit n’est pas roidi, Son talent n’est pas refroidi, Son chant est toujours bucolique. Il ne va plus, tel un fripon, Soulevant les chastes jupons, Mais il jette un regard oblique.

Paisible vieillesse

Représentation de Dame Murasaki  Cochonfucius a dit : un chien vivant vaut mieux Que deux grands guerriers morts qui ne peuvent plus boire. Quand il a dit cela, il était un peu vieux, Et la mort le guettait du fond d’une urne noire. Il a creusé sa tombe, à la face des cieux, Dans un jardin alpin au bout d’un promontoire. Dans Leconte de Lisle il lit des mots radieux, Ouvrant les pages d’un coupe-­papier d’ivoire. Parviendra­-t-­il un jour à versifier ainsi Pour chanter ses amours et ses regrets aussi, Le prince et le serpent, la rose et l’hirondelle ? Envers Cochonfucius, la vie n’est pas cruelle, Et chaque jour il rit, tout en buvant son thé, Disant des mots subtils ou des insanités.  

Le métier de chercheur

Poster de Libertymaniac Chercher, c’est être explorateur Du possible et de l’impossible, Cela tout en étant la cible De sérieux évaluateurs. Chercher, c’est être traducteur, Déchiffrer l’incompréhensible, En faire une prose lisible, Dialoguer avec ses lecteurs. Citoyen, tu me subventionnes, Je sais que parfois ça t’étonne, Le désordre sur mon chantier. Si tu prends ça pour du laxisme Ou pour du bel amateurisme, Détrompe­-toi, c’est un métier.

la sérénité

Toile de Zang Enli C’est vrai qu’il est serein, le moral des bouddhistes, Dans leur grand Véhicule ou bien dans le petit, À porter leur fardeau leurs coeurs ont consenti, Ils ne sont pas pourtant devenus fatalistes. Ils restent souriants lorsque leur vie est triste, Ils voient de la couleur sur un mur qui est gris. Il peut leur arriver de se montrer épris, Mais aux attachements de la chair, ils résistent. Ils ont compris d’où vient l’éternelle souffrance, L’impression de non­-sens, de peur, de déshérence, Tout ce qui nous retient, de nos malheurs, captifs. Ils savent qu’un aveugle, en sa grise misère, Peut sentir que sa peau est baignée de lumière ; Ses yeux ne la voient pas, ils ne sont pas fautifs.

La mouvance

Texte portugais de Camões, Toile de Beatriz Milhazes Mudam­-se os tempos, mudam­-se as vontades, Muda-­se o ser, muda­-se a confiança; Todo o mundo é composto de mudança, Tomando sempre novas qualidades. Changent les temps, changent les volontés, Et change l’être et change la confiance, Car l’univers n’est fait que de mouvance, Prenant toujours nouvelles qualités. Continuamente vemos novidades, Diferentes em tudo da esperança; Do mal ficam as mágoas na lembrança, E do bem, se algum houve, as saudades. Car toujours vont à nous des nouveautés Autres vraiment que dans nos espérances. Des maux se fixe en nos coeurs la semblance, Des biens n’avons que l’intranquillité. O tempo cobre o chão de verde manto, Que já coberto foi de neve fria, E em mim converte em choro o doce canto. Le temps couvrant d’un vert manteau le champ, Lui qui l’avait couvert de neige blanche… Il change en pleurs la douceur de mon chant. E, afora este mudar­-se cada dia, Outra mudança faz de mor espanto: Que não se muda já como soía. Changeant sept fois du dimanche au dimanche,… Continue reading

Cinq éléphants

Acid blotter paper C’est un éléphant jaune, il voudrait que j’achète Les trois mille bouquins qu’il a dans son bureau. Je lui ai répondu que je n’y tiens pas trop, Ce ne sont que sonnets par de maudits poètes. Alors l’éléphant mauve organise une fête. Je lui dis qu’il me faut avant tout du repos, Afin d’être, demain, suffisamment dispos Pour que l’oeuvre du jour soit correctement faite. L’éléphant orange offre une métaphysique, Le bel éléphant rose, un breuvage alcoolique, Je les ai donc laissés se débrouiller entre eux. Enfin, l’éléphant rouge enseigne le silence. C’est donc en sa faveur que penche la balance, Avec lui, sans parler, je suis un homme heureux.