Category Archive: Sonnet

les paroles vagabondes

Toile de Dali De forum en forum, plusieurs voix se répondent. Sur ces pages sans fin, nous sommes des errants, Auteurs de textes flous, de phrases vagabondes, Dont les échos, longtemps, flottent sur nos écrans. Chaque forum fermé se veut un micro­-monde. Qui passe d’un à l’autre, auteur itinérant, Se construit, de ce fait, l’identité seconde Ou tierce, où ses propos se vont réverbérant. C’est, quand même, un bonheur d’accueillir une intruse Dont on a souvenance au temps qu’elle était muse, Même si vers l’antan, nul ne peut repartir. Or donc, dans la nature un ermite se terre, Car il prend cette vie comme un trop lourd mystère : Que faire, alors, pour lui… Ecouter, compatir. Advertisements

Une expédition spatiale

Art Huichol Dans un petit album au dos de percaline, Des photos d’univers multidimensionnels, Un vrai poème optique et gravitationnel : Si c’est d’un architecte, il est sous mescaline. Assis dans mon grenier qui sent la naphtaline, Je parcours, d’un regard omnidirectionnel, Ce recueil de clichés vraiment exceptionnels : Et bientôt, je franchis le mur de cornaline Qui tient lieu de frontière aux mondes transcendants. Et, dès lors, entouré des fiers astres chantants, Je me baigne au cristal qui vibre et me transporte. Soudain, ces clairs sentiers redeviennent obscurs :… Continue reading

Un pays de neige

Sculptures du jardin de Cochonfucius Dans un pays de neige, on voit des créatures A l’aspect biscornu, aux étranges maisons, Cultivant l’ironie, l’humour, la déraison, La versification et la caricature. Si encore ils avaient, dans leur littérature, Des textes pour bénir le cycle des saisons, Des hymnes à l’hiver, ou bien des oraisons Qu’on pourrait adresser à la douce Nature… Mais non, d’affreux sonnets, des haïkus ridicules, Déclamés par un grand flandrin qui gesticule, C’est nul à un tel point qu’on en serait touché. Je leur ai demandé s’ils ne pouvaient mieux faire, Ils m’ont dit que cela n’était pas mon affaire : Ce peuple de la neige est bien mal embouché.

Un clair-obscur

Toile de Patrick Basset Dans un monde envahi d’obscure transparence, Que peut­-on discerner sous ces sombres éclats ? Ici n’est point le lieu d’une remise à plat, Ni d’un essai savant sur l’être et l’apparence. Or, certains jours, ma vie n’est qu’une déshérence, Mon métier me paraît un piètre apostolat, Et mes chefs ont un peu l’aspect de cancrelats (Si j’ose formuler pareille irrévérence). N’importe, il faut agir, les autorités veillent, Puis, il faut accueillir les projets qui s’éveillent Aux mains des ingénieurs surchargés de talent. Que ne suis-­je un errant chanteur de villanelles, Ou bien, pour composer des oeuvres plus formelles, En une cour royale, un poète galant… Continue reading

Cinq maisons

Toile de Dali Dans une maison mauve habite un Australien, Un buveur de café dans la maison de briques. Il ne boit que du thé, le voisin ibérique ; Le Néo­-Zélandais possède un petit chien. Près de la maison bleue, au Un, le Norvégien. Le fumeur de Dunhill élève des bourriques. Ceux du numéro trois ont du vin en barriques. Ce sont des Marlboro que fume le Malien. Dans une maison jaune, on fume des Gauloises. On note un voisinage entre brique et ardoise. Le fumeur de Camel boit de la bière à flots. Or, les Gauloises sont d’un éléphant voisines ;… Continue reading

Le violon

Photographie Man Ray Dans notre quotidien, les accords du violon Ne nous conduisent pas toujours où nous voulons. J’aime les musiciens, j’aime la poésie, Mais par d’autres valeurs on doit mener sa vie. Du violon, du calcul, l’un, l’autre, c’est selon Que libres nous dansons, ou tout droit nous allons. Et quand par la douleur une âme est affaiblie, D’autant plus par un chant sera-­t­-elle ravie. Marchant avec patience, un pauvre oiseau blessé Ces durs alexandrins dans son coeur a tressés. Du jour au lendemain plus n’en aura mémoire. Les arbres du chemin déjà portent du vert, La tiédeur du printemps radoucira mes vers, Je crois à la lumière au fond de la nuit noire.

Un canal

Dans le monde d’Escher, une roue reçoit l’eau Qui, sortant d’un canal, lui parvient en cascade. Par la suite, cette eau reprend sa promenade, Suivant sa pente ainsi que toujours font les flots. Le canal qui descend la porte vers le haut. Si vous prenez cela pour une galéjade, Observez le canal avec ses colonnades Et suivez-­le du doigt pour tester son niveau. Le cours de nos pensées, comme l’eau du canal, Peut fort bien s’élever en allant vers l’aval, Et la cascade ainsi peut s’écouler encore. En sera­-t-­il ainsi durant l’éternité ? Sur ce sujet précis, j’ai souvent médité. Voici ma conclusion : toute l’eau s’évapore.

D’après George Meredith

Gravure de Gustave Doré Dans la nuit étoilée s’éleva Lucifer, Las de son noir royaume il monta, l’Ennemi, Haut, loin du monde rond, nuageux à demi Où se croient à l’abri les promis à l’enfer. Menu fretin que nous pour lui, alors si fier ; Tantôt sur son aile Ouest il s’était affermi, Près du sable africain, puis son ombre parmi Les neiges de l’Arctique assombrissait les airs. Montant aux plus hauts cieux, la cuisante mémoire Lui revint de son cri contre le roi de gloire, A mi­-parcours, il voit les étoiles au ciel Formant l’Esprit de Dieu. A leur vue, il s’écroule. Bien en rangs, et au pas, au vieux chemin s’écoulent Les sections de l’armée du pouvoir éternel.

Dans le creux de la nuit

Toile de Edvard Munch Danse onirique et noire, et pure, et silencieuse, Cerveau unique où deux esprits sont enlacés ; Un lien sans avenir, sans contact, sans passé, Gardé par quatre cents missives sentencieuses. Dans le creux de la nuit, interjections fiévreuses, Désespoir de dormir à soi­-même embrassé ; Traversant en apnée, tel un grand cétacé, La longue nuit d’hiver et ses fosses ombreuses. Ermites vont plaidant une saine abstinence Qui permettrait d’atteindre une humble transcendance ; Le mérite survienne à qui survit ainsi. Je m’assieds dans le noir, j’allume une lanterne, Et je laisse flotter mes sentiments en berne : La transcendance est là, dans cette voie aussi.