Category Archive: Sonnet

Le blog de Neige

Peinture traditionnelle chinoise Je lis tes mots écrits dans la Chine lointaine, Racontant tes plaisirs, ton travail, tes ennuis. Je t’écris dans le jour, tu me lis dans la nuit. La parution suivante est toujours incertaine. Ces notes de chevet qui sont là par centaines, Ce sérieux témoignage où l’humour s’introduit, Le récit d’une vie, l’émotion qu’il produit, Dans un français plus clair que l’eau d’une fontaine… Cette eau ne coule plus, depuis pas mal de jours ; L’arbre le mieux fleuri ne fleurit pas toujours, Tu dois passer ton temps à des choses sérieuses. C’était juste un merci, au nom de tes lecteurs, Tes compagnons de plume et tes admirateurs : Jamais ne fut plus belle une contrée neigeuse. Advertisements

le catalogue

Toile de Max Ernst Je chante des chansons avec Clément Marot, Dressé actif j’attends comme Jean de Boschère, Je contemple le fleuve ainsi qu’Apollinaire, J’écoute la leçon de Jacques Charpentreau. Je longe le ruisseau d’Hégésippe Moreau, J’aide à ses traductions Blaise de Vigenère, Je vois venir la nuit si douce à Baudelaire, Je suis Grabinoulor dans Pierre Albert-­Birot. Je caresse le chat de Maurice Carême, Je peins une tortue avec Tristan Derème, Je vois l’ombre d’un zèbre… Continue reading

Les voix

Toile de Waterhouse Jeanne allait au combat sur sa blanche cavale. Il fallut traverser une noire forêt. Des guerriers un peu fous et des prêtres discrets Ont formé autour d’elle une escorte loyale. On entendit au loin sonner la cathédrale. Aussitôt le vaillant seigneur Gilles de Rais A mis dans le sous-­bois sa monture à l’arrêt. Il pose une question d’une voix sépulcrale : Jeanne, en ce même instant, un ange parle­-t-­il ? Il se moque, le preux, le plaisant, le subtil, Des transcendantes voix parlant à la bergère. Jeanne dit : Compagnon, ici c’est Dieu qui parle, Comme en un futur… Continue reading

Le grand Charles

Toile de Donato Giancola Jeanne affronta l’Anglais tout un jour de juillet, Qui à la fin du jour de partout s’enfuyait. Or, s’étant endormie, elle vit, sans armure, Un chevalier français à la haute stature Qui d’une main sur elle, en douceur, s’appuyait, Tout en lui demandant si point ne l’ennuyait. Jeanne qui lui trouvait une bien noble allure Le pria de narrer sa dernière aventure. Charles, précisa-­t-­il, est le nom que je porte. Avant que les Anglais du malheur ne la sortent, La patrie en mon temps bien des maux a souffert. Jeanne, un peu incrédule, écoute le grand Charles Et songe à ce qu’il dit. Puis d’autre chose ils parlent,… Continue reading

une déploration (en hommage à Roger Lefebvre)

Toile de Picasso J’aurais voulu chanter des mondes idylliques, Mais mon coeur se renferme ainsi qu’un escargot. J’aurais été athlète, aux athéniens portiques, Marin de haute mer ou cueilleur d’abricots… Mais voilà, je survis dans ce monde merdique, Comme en un tas de viande un modeste asticot, Je traite mes voisins de façon pacifique Et nous nous regardons en mangeant du gigot. J’aurais voulu graver des strophes impériales Ou célébrer ma joie ainsi qu’une cigale, Honorer des héros par-­delà leur trépas ; Mais je suis là, timide, et ma plume en déroute Glane des mots banals au long des tristes routes, Tels qu’en les relisant, je ne les comprends pas.

L’Esprit se remémore

Toile de Emil Nolde J’ai vu ces douze enfants privés de leur grand frère Qui s’était envolé, transformé en corbeau, Quarante jours après sa sortie du tombeau. Ils sont restés neuf jours sans trop savoir quoi faire, Ne pouvant, quant à eux, monter dans l’atmosphère, Ou bien, il eût fallu un très grand escabeau. Ils sont allés en ville avec leurs gros sabots, Et se sont assemblés, proclamant cette affaire Devant des gens venus d’un peu partout sur Terre ; Lesquels n’ont rien compris aux étranges mystères Que les douze narraient dans un dialecte obscur. Alors, pour les sauver, j’ai touché de mes flammes Le sommet de leur crâne et le fond de leur âme : Voici qu’en toute langue ils parlent, d’un ton sûr.

Deux bureaux même pas voisins

Toile de Dali J’ai rêvé que ma muse entrait dans mon bureau, Où je n’avais, ce jour, compagnon ni compagne. Par la grande fenêtre on voyait la campagne Traversée d’écureuils, de biches, de blaireaux. Ayant illuminé ma prison sans barreaux, Elle a su triompher de l’ennui qui me gagne Quand les tas de papier, comme autant de montagnes, Semblent intercepter les rayons vespéraux. Sans le bureau, ferais-­je autant d’alexandrins Et trouverais-­je autant de modestes refrains Pour transmettre aux amis mes rimes quotidiennes ? J’ai écrit ce sonnet sans savoir où j’allais, Comme je fais souvent. Qui a dit qu’il fallait, Pour composer des vers, que des idées nous viennent ?

Un rêve de voyage

Extrait de Little Nemo J’ai rêvé que le vent emportait ma mansarde. Tant bien que mal, j’étais cramponné au plancher Devenu vertical à force de pencher, Et machinalement, j’ai dit « Que Dieu me garde ». A moitié rassuré, je me penche et regarde Un fleuve dans les prés en train de s’épancher ; « Petit abri volant, pas question de flancher, Vole droit devant toi, d’arriver il me tarde. » D’arriver, mais où donc ? Je n’en savais trop rien, Mais j’étais si heureux du parcours aérien Que d’ignorer mon but n’était pas un problème. Le vent n’a pas de but et les songes non plus. Ce n’est pas seulement ce long vol qui m’a plu, Mais surtout d’en parler avec quelqu’un que j’aime.

Minuscule et discret

Toile Elena Buftea J’ai rêvé que j’étais, voyageant dans l’espace, Une étrange entité aux saveurs de néant. Mille franchissements d’interstices géants Me faisaient dériver, allant de place en place. Et je rêvais ainsi, immortel ou fugace, Ne sachant si j’étais assemblage pesant Ou simple vibration, murmure évanescent N’exerçant nulle force et ne laissant de trace. La chaleur des soleils me tenait en alerte ; Je traversais aussi des matières inertes, Et je voyais parfois miroiter des anneaux. Pourquoi allais-­je ainsi de façon subreptice, Comme sous une porte un insecte se glisse ? Vous l’aviez deviné, j’étais un neutrino.