Category Archive: L’amour et la souffrance

Le surmoi

by

Toile de Maurice Denis Dialogue entre raison et violente passion Au-dedans d’une tête induit la crispation : Aux désirs de fusion, aux amoureux mirages, La crainte du malheur oppose son barrage. Mon surmoi dans mon crâne est son propre maton, Il se tient tout rigide avec son gros bâton, Il est là tout le temps, moi qui aime l’orage, Il m’interdit l’abord des orageux parages. Mais mon coeur en fusion n’est pas moins amoureux, Et d’un pareil amour il n’est pas moins heureux Que s’il pouvait plonger comme un amant fidèle Dans la douce chaleur de ce lac de beauté Pour croquer des fragments de son éternité… Continue reading

La connivence

by

Toile d’Andrea Vasquez-Davidson Deux étions qui aimions nous tenir auprès d’elle, D’abord notre bon sens a dû s’en estourbir. Elle, muse, sirène, antilope, hirondelle, Ce qu’elle nous fit voir on aima le subir. Faisant trembler les corps dans un ardent désir, Distillant chaque jour une phrase nouvelle, Elle nous mit au lieu d’où l’on ne sait choisir… Hélas, sur ses portraits, comme je la vois belle ! C’est sur la poésie que mon explication A porté, même si tu as la tentation De penser que je fais le portrait d’une muse. Muse sans poésie, ce ne serait qu’un jeu, Poésie sans la muse aurait bien faible enjeu. Il est des mythes dont jamais nul ne s’abuse.

les paroles vagabondes

by

Toile de Dalí De forum en forum, plusieurs voix se répondent. Sur ces pages sans fin, nous sommes des errants, Auteurs de textes flous, de phrases vagabondes, Dont les échos, longtemps, flottent sur nos écrans. Chaque forum fermé se veut un micro­-monde. Qui passe d’un à l’autre, auteur itinérant, Se construit, de ce fait, l’identité seconde Ou tierce, où ses propos se vont réverbérant. C’est, quand même, un bonheur d’accueillir une intruse Dont on a souvenance au temps qu’elle était muse, Même si vers l’antan, nul ne peut repartir. Or donc, dans la nature un ermite se terre, Car il prend cette vie comme un trop lourd mystère : Que faire, alors, pour lui… Ecouter, compatir.

Dans le creux de la nuit

by

Toile de Edvard Munch   Danse onirique et noire, et pure, et silencieuse, Cerveau unique où deux esprits sont enlacés ; Un lien sans avenir, sans contact, sans passé, Gardé par quatre cents missives sentencieuses. Dans le creux de la nuit, interjections fiévreuses, Désespoir de dormir à soi­-même embrassé ; Traversant en apnée, tel un grand cétacé, La longue nuit d’hiver et ses fosses ombreuses. Ermites vont plaidant une saine abstinence Qui permettrait d’atteindre une humble transcendance ; Le mérite survienne à qui survit ainsi. Je m’assieds dans le noir, j’allume une lanterne, Et je laisse flotter mes sentiments en berne : La transcendance est là, dans cette voie aussi.

Heidegger devant la porte

by

Toile de Picasso Connaissons-­nous l’amour, au­-delà des symptômes ? L’art qui se développe à l’étage inférieur Est dépourvu d’index aux niveaux supérieurs : Nul ne cite Heidegger au métaphysiodrome. Naviguant à la voile,… Continue reading

Inconnaissable

by

Peinture chinoise C’est une fleur et non, ça ne peut en être une, C’est un léger brouillard et ce n’en est pas un. Ça vient sur la minuit, c’est parti le matin, De telle chose, au monde, il n’en existe aucune. Le reflet de ses yeux renvoyé par la lune, La chaleur de son corps imprégnant les embruns ; Un poète chinois la découvrit soudain Après quinze godets d’un fort alcool de prune. Il chante un empereur et son noble veuvage, Sa muse le transforme en un barde sauvage ; Il compare les dieux à de grands animaux. Il parcourt Lao-­Tseu mais, ce faisant, il pense Que si les grands parleurs le sont par ignorance, Pourquoi le maître a-­t-­il tracé cinq mille mots ?

Un dialogue

by

Toile de Dali César s’en expliqua un beau jour à sa femme : La reine Cléopâtre était si désirable (Et l’enjeu politique en plus, considérable) Bref, il n’avait pas pu modérer cette flamme Qui avait brusquement dévoré leurs deux âmes… Cela dit, en ayant un regard raisonnable, Le mariage officiel devrait bien rester stable Car sinon le public risquait d’en faire un drame. J’ai compris, dit l’épouse, ainsi tu n’as fauté Qu’à cause d’un grand charme et de tant de beauté Que toute résistance, à coup sûr, était vaine. Mais tu me permettras donc de m’aventurer Chez Vercingétorix que tu as capturé ? Le pauvre, il est bien seul depuis quelques semaines.

Ce qui nous fit vibrer

by

Toile d’Edvard Munch Ce qui nous fit vibrer ce fut vivre hors la loi Plutôt dans une loi qui n’était que la nôtre Indifférente aux voix des unes et des autres Déjà nous récitions nos articles de foi Et ce passé dès lors nous file entre les doigts De cette transgression ne serons plus apôtres Vous tous qui nous lirez cette histoire est la vôtre Si vos coeurs ont erré follement quelquefois La sauvage passion n’est pas pour un Cochon- fucius qui a les doigts rivés à sa galère Ses pauvres libertés de longtemps s’en allèrent Tu diras ce sonnet n’est pas trop folichon Je n’avais qu’un ciel gris ce jour devant mes yeux Et je ne prétends point aller vers d’autres cieux

Cupidon au Parnasse

by

Toile de Toulouse-Lautrec Ce n’est pas évident de construire des rimes Pour noter ce que dit cent fois mieux le regard. Prendre ses sentiments pour un point de départ Peut être ressenti comme atteinte à l’intime. Pourtant, offrir des vers qui telle chose expriment, Ça contient des échos de magie, quelque part, Même si ce ne sont que quelques mots hagards, On sent que néanmoins ils touchent au sublime. Les discours en écho, les gestes en accord, La preuve que l’amour est toujours le plus fort, Celui qui vous endort sur une même couche. Seule une chose peut faire taire ce chant, C’est l’instant où nos corps, enfin se rapprochant, Se voient coeur contre coeur et bouche contre bouche.