Category Archive: La salle et le comptoir

Cinq éléphants

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Acid blotter paper C’est un éléphant jaune, il voudrait que j’achète Les trois mille bouquins qu’il a dans son bureau. Je lui ai répondu que je n’y tiens pas trop, Ce ne sont que sonnets par de maudits poètes. Alors l’éléphant mauve organise une fête. Je lui dis qu’il me faut avant tout du repos, Afin d’être, demain, suffisamment dispos Pour que l’oeuvre du jour soit correctement faite. L’éléphant orange offre une métaphysique, Le bel éléphant rose, un breuvage alcoolique, Je les ai donc laissés se débrouiller entre eux. Enfin, l’éléphant rouge enseigne le silence. C’est donc en sa faveur que penche la balance, Avec lui, sans parler, je suis un homme heureux.

Les cavaliers

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Toile de Gyuri Lohmuller C’est un cavalier jaune, il veut que je lui dise Ce qu’est une émotion. Je lui dis : « La notion N’est pas bien définie, oublie donc ta question, Elle conduirait à de vaines analyses. » C’est un cavalier mauve, il veut que je précise Ma dernière allusion. Je lui dis : « La pulsion Qui produit ta demande est le fruit d’illusions. Répondre, de ma part, serait une sottise ». Au cavalier orange un mot de balistique, Puis au cavalier rose un cours de linguistique, Sur le même refrain, la réponse est « Zéro ». Pour le cavalier rouge, aimant les théorèmes,… Continue reading

Mais aux genoux, point de hiboux

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Toile de Antonio Segui Ce sont les oncles des crapauds Qui tricotèrent sans repos Pour leurs neveux, des oripeaux, Puis s’en allèrent au tripot. Voyant les couleurs du drapeau, Ils soulevèrent leur chapeau, Et même ils ont offert un pot Aux conseillers municipaux. Ensuite ils montent une expo De grands portraits épiscopaux Tracés sur des feuilles d’impôts. Mais cette histoire est du pipeau ! Nos lecteurs, fidèle troupeau, Ne gobent point de tels propos.

Ce sont…

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Image extraite de Another brick in the wall Ce sont les nièces des vampires Qui voulaient étudier Shakespeare A la lumière d’un lampyre Dans un coin perdu de l’empire. Au bout d’une heure, elles soupirent : Comme étude on ne fait point pire ; Aux exploits sportifs on aspire, Aux gestes qui font qu’on respire. Ces nièces que le sport inspire Vont sur le terrain, et transpirent, Puis contre l’arbitre conspirent ; Nièces qui lecture rompirent Puis aux vestiaires se tapirent ; Enfin, qui sait pourquoi, glapirent.

Un dialogue

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Toile de Dali César s’en expliqua un beau jour à sa femme : La reine Cléopâtre était si désirable (Et l’enjeu politique en plus, considérable) Bref, il n’avait pas pu modérer cette flamme Qui avait brusquement dévoré leurs deux âmes… Cela dit, en ayant un regard raisonnable, Le mariage officiel devrait bien rester stable Car sinon le public risquait d’en faire un drame. J’ai compris, dit l’épouse, ainsi tu n’as fauté Qu’à cause d’un grand charme et de tant de beauté Que toute résistance, à coup sûr, était vaine. Mais tu me permettras donc de m’aventurer Chez Vercingétorix que tu as capturé ? Le pauvre, il est bien seul depuis quelques semaines.

La visite

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Estampe de Kitagawa Utamaro César a dit adieu à la reine égyptienne, Car il veut respecter son vrai lien conjugal ; Cléopâtre, lâchant un combat inégal, Reprend la liberté qui fut toujours la sienne. César eut ses amours, sa femme avait les siennes ; La réconciliation leur fit un sort fatal. A Vercingétorix, cet empereur tribal, La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ». Cléopâtre le sut et obtint du gardien De la prison d’aller lui faire un peu de bien ; Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une… Continue reading

Une traverse

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Toile de René Magritte Ceci est un sonnet, mais ceci est un code ; Dans ces quatorze vers, un sens est contenu… Or, grâce à la couleur, un fil le montre nu. Je ne puis expliquer le moyen et le mode Dont votre esprit curieux de lire s’accommode, Et comment il salive à tenir le menu D’une auberge au régime un peu plus soutenu ; Car j’admire toujours un lecteur qui décode. Cependant, j’étais trop occupé pour répondre A ce faiseur de mots pendant qu’il allait pondre Une énigme occupant au pire un bref instant Et faisant travailler au moins quatre neurones. Mais serait-­ce un labeur pour quatorze amazones Dont au fier diapason secondes vont tintant ?

la galerie de portraits

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Toile de Toulouse-Lautrec Çà et là deux ou trois photos, Puis des amis qui se racontent, Et dont s’agrandit le troupeau, Avec un outil qui le compte. Des neufs, des vieux, des rigolos, Des charcutiers et des vicomtes, Des qui surfent de leur boulot (Mais pas besoin d’en avoir honte). Des commentaires instructifs, Ou quelquefois trop allusifs, Toute une vie qui se dévoile ; Ecriture de jour, de nuit, Propageant les différents bruits Que chacun glane sur la toile.

Vocalisations

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Toile de Kandinsky Rat noir, (un blanc), Pli roux, Zut safran, Gros azur, Nous saurons au jour dit ta polarisation : Rat, noir galant trapu d’un fatigant patron Qui culminait autour d’un diagonal du mur, Culots d’os ; qui, ourdant du mitard ou du rang, Cartons aux staphylins, pions blancs, chocs d’avachis ; Pli, carmins, drap du lit, riant ainsi qu’unis Dans un jupon ou dans un lardoir abondant ; Zut, grammatisations, ronds alpins du satin, Pull du marlou qu’ornait son vautour, pull du fin Sillon qu’un Mishima au burin imprima ; Gros, finitif dindon aux sautoirs d’abattoir, Arçons ahurissant Dogons ou Nirvâna, Gros d’un vautour, rayon jaillissant dans Son Voir !­­