Category Archive: La salle et le comptoir

un trou de matière

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Toile de David Olere Oiseau tranquille et fier, je parcourais l’espace Escorté de copains ; nous étions des milliers. Soudain, au lieu de l’air qui nous est familier, Le vide nous surprend. Ah, qu’est-ce qui se passe ? Tout l’air de nos poumons s’est transformé en glace. Plus moyen dans les airs, d’être de fiers voiliers : Tel celui du primate avec ses gros souliers, Notre corps tombe au sol, et plus ne se déplace. Quel tragique accident, pensent nos pauvres âmes, Quelle a été, Seigneur, la cause d’un tel drame ? Dans la nuit, fûtes­-vous troublé par la boisson ? A quelques pas de là, dans une banlieue verte, Les promeneurs ont fait une autre découverte : En un fleuve ont péri des milliers de poissons.

La bénédiction des langues

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Toile de Dali Nous voici réunis, ce jour de Pentecôte, Attendant que l’Esprit nous donne du talent. Matthieu veut être juste et Marc être galant, Luc aimerait savoir préparer l’entrecôte, Jeannot courir sans être essoufflé dans les côtes, Pierrot plus aisément convertir le chaland, Jacquot voir des Romains devant lui détalant, Venez, divin Esprit, venez, soyez notre hôte! L’obscurité se fait dans un souffle qui gronde. Soudain, des traits de feu, issus d’un autre monde, Viennent toucher chacun de nos fronts de pécheurs. Chacun gagne un lexique, un style, une grammaire, S’ajoutant au parler qu’il tenait de sa mère : Douze apôtres, dès lors, seront douze prêcheurs.

Un retournement

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Toile de Derek Erdman Notre vie est parfois en surprises fertile. L’autre jour un buveur, pour vaincre son ennui, Avait trinqué jusqu’à être absolument cuit. Il prit le chemin du retour au domicile. Son ivresse était grave et ses pas difficiles ; Alors qu’il titubait dans une hostile nuit, Un crocodile rose a surgi devant lui. « Ivrogne ! Ivrogne ! Ivrogne ! » a crié le reptile. Or, le buveur furieux s’empara de la bête Et la retourna comme on fait d’une chaussette. Un instant de silence aussitôt s’ensuivit. Mais l’animal vaincu se manifeste encore. De nouveau l’on entend son organe sonore, Et voilà qu’il criait… Continue reading

Hackeurs de bidonville

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Toile de Hans Gude Nos voix font un écho dans la vallée des morts, Plus qu’un rouge canyon, muraille polychrome. Hackeurs de bidonville et hackeurs du royaume, On survient, on repart, on entre et puis on sort. Si tu crois qu’on s’amuse ici, tu as bien tort. On explore, on apprend, on visite, on se paume, On écrit des sonnets ou bien des antipsaumes. Le citoyen lambda est content de son sort, Nous on voudrait stopper le temps qui nous balafre, Ce n’est pas de l’ennui, tu vois, ce sont les affres De la réalité, de ses interjections, Du sens surabondant qui induit la frayeur, De ces lendemains qui jamais ne sont meilleurs, Du virtuel trop réel avec ses projections.

Les transfuges

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Toile de John-Ludwig Krimmel N’ayons pour ce forum de passion exclusive Sur la toile il en est d’encore plus marrants Et si un déserteur ne rejoint pas nos rangs C’est qu’il a d’autres… Continue reading

Quelques recommandations

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Photographie de Doisneau N’ayez pas de souliers dont la semelle est lisse : Sur la neige et la glace, on constate qu’ils glissent. Surveillez la façon, surtout, dont vous marchez En sortant le… Continue reading

Une comptine

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Fiona Sansom Mon pouce a décidé que j’irais en voyage, Comptant sur mon index pour montrer le chemin. Le majeur était seul pour porter les bagages ; L’annulaire lisait le guide Michelin. Quant à l’auriculaire, à la paresse enclin, Il se laissait porter dans ce vagabondage Ainsi que les cinq doigts que j’ai sur l’autre main. J’étais, on peut le dire, en léger équipage. La route est rectiligne et baignée de fraîcheur, D’immenses horizons attirent le marcheur Qui sait aller au loin sans que rien ne le presse. Un petit animal, soudain, vint à passer, Un chat qui demandait à être caressé : Ici, premier arrêt, un moment de tendresse.

Le primate humain

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Toile de Max Ernst Moi, le primate humain, le seigneur de ce monde, J’ai droit à votre estime, à votre admiration Et j’irai jusqu’à dire, à votre soumission. A genoux, animaux de la terre et de l’onde. Je vous ai tous conquis, les nobles, les immondes, Je vous ai conféré à chacun sa mission : Aux uns d’assouvir mes carnivores passions, Aux autres d’accepter gentiment qu’on les tonde. J’ai déboisé les sols pour d’utiles cultures, J’ai bien amélioré la brouillonne nature. Certains soirs il me vient comme un doute, pourtant. Je respire un air qui me fait mal à la tête, Le printemps ne met plus mon pauvre coeur en fête. J’ai un peu tout détruit, ah, c’est bien embêtant.

Paon-Théon

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Gravure de Albrecht Dürer Marchant jusqu’au palais qui a sept ouvertures, J’ai demandé au roi de placer des gardiens, Auprès de chaque porte, et qu’ils regardent bien Ce qui entre et qui sort, en fait de créatures. Voici donc ces bestiaux, tous, selon leur nature : L’éléphant, le dragon, le loup, les acariens, Le coq, le paon, le porc et quelques amphibiens, Tels sont les animaux qui par là s’aventurent. Puis, le paon et le coq, on les métamorphose En aigles des sommets ; le loup, en autre chose Qui mieux sache écouter la voix de la raison. Le porc et l’éléphant, sous leur forme nouvelle, Deviendront vos chevaux. Mettez-­leur une selle, Et vous chevaucherez vers les quatre horizons.