Category Archive: La salle et le comptoir

les cinq éléments

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Toile de Monet — Si j’avais du métal, je ferais une cage Et le démon aurait du mal à s’en tirer. — Le bois serait pointu pour mieux le déchirer, Et l’eau peut le noyer… Continue reading

le matin de la résurrection

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Toile de Dali « Résurrection », disait ce matin le soleil ; La lune l’avait dit à nos âmes dormantes. Et pour nous confirmer cette chose étonnante, Tous les astres du ciel ont… Continue reading

Un zodiaque

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Toile de Larry Carlson Qu’as-tu vu dans le ciel, camarade astrologue ? J’ai vu un gros mouton qui maudissait l’hiver, Puis j’ai vu un taureau qui écrivait en vers, J’ai surpris des jumeaux et capté… Continue reading

Les licornes

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Tapisserie du moyen-âge Quand la licorne blanche a fait un camembert, Ce fut pour en offrir à un vieux roi barbare ; La reine, apprenant ça, sévèrement déclare L’exil de la licorne en… Continue reading

Homme de cent mille ans

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Représentation d’un des nephilim On n’est pas sérieux quand on a cent mille ans. Un Néanderthalien sans quartiers de noblesse Dans un glacier alpin a dormi tout ce temps, Grâce au réchauffement, il sort, il se redresse Et vient déambuler par les bois et les champs. Aux passants qu’il rencontre, il demande sans cesse S’il reste de son groupe un peu de survivants. Quand on lui dit que non, il n’est pas en détresse : « Mon peuple a disparu, mais ce n’est pas un drame ; Je vais chez les nouveaux me choisir une dame Avec qui ce sera à la vie, à la mort. » Jetant son dévolu sur quelqu’un de timide, Le Néanderthalien ne fera pas d’hybrides : Un juge Cro-­Magnon a tranché sur son sort.

un trou de matière

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Toile de David Olere Oiseau tranquille et fier, je parcourais l’espace Escorté de copains ; nous étions des milliers. Soudain, au lieu de l’air qui nous est familier, Le vide nous surprend. Ah, qu’est-ce qui se passe ? Tout l’air de nos poumons s’est transformé en glace. Plus moyen dans les airs, d’être de fiers voiliers : Tel celui du primate avec ses gros souliers, Notre corps tombe au sol, et plus ne se déplace. Quel tragique accident, pensent nos pauvres âmes, Quelle a été, Seigneur, la cause d’un tel drame ? Dans la nuit, fûtes­-vous troublé par la boisson ? A quelques pas de là, dans une banlieue verte, Les promeneurs ont fait une autre découverte : En un fleuve ont péri des milliers de poissons.

La bénédiction des langues

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Toile de Dali Nous voici réunis, ce jour de Pentecôte, Attendant que l’Esprit nous donne du talent. Matthieu veut être juste et Marc être galant, Luc aimerait savoir préparer l’entrecôte, Jeannot courir sans être essoufflé dans les côtes, Pierrot plus aisément convertir le chaland, Jacquot voir des Romains devant lui détalant, Venez, divin Esprit, venez, soyez notre hôte! L’obscurité se fait dans un souffle qui gronde. Soudain, des traits de feu, issus d’un autre monde, Viennent toucher chacun de nos fronts de pécheurs. Chacun gagne un lexique, un style, une grammaire, S’ajoutant au parler qu’il tenait de sa mère : Douze apôtres, dès lors, seront douze prêcheurs.

Un retournement

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Toile de Derek Erdman Notre vie est parfois en surprises fertile. L’autre jour un buveur, pour vaincre son ennui, Avait trinqué jusqu’à être absolument cuit. Il prit le chemin du retour au domicile. Son ivresse était grave et ses pas difficiles ; Alors qu’il titubait dans une hostile nuit, Un crocodile rose a surgi devant lui. « Ivrogne ! Ivrogne ! Ivrogne ! » a crié le reptile. Or, le buveur furieux s’empara de la bête Et la retourna comme on fait d’une chaussette. Un instant de silence aussitôt s’ensuivit. Mais l’animal vaincu se manifeste encore. De nouveau l’on entend son organe sonore, Et voilà qu’il criait… Continue reading

Hackeurs de bidonville

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Toile de Hans Gude Nos voix font un écho dans la vallée des morts, Plus qu’un rouge canyon, muraille polychrome. Hackeurs de bidonville et hackeurs du royaume, On survient, on repart, on entre et puis on sort. Si tu crois qu’on s’amuse ici, tu as bien tort. On explore, on apprend, on visite, on se paume, On écrit des sonnets ou bien des antipsaumes. Le citoyen lambda est content de son sort, Nous on voudrait stopper le temps qui nous balafre, Ce n’est pas de l’ennui, tu vois, ce sont les affres De la réalité, de ses interjections, Du sens surabondant qui induit la frayeur, De ces lendemains qui jamais ne sont meilleurs, Du virtuel trop réel avec ses projections.