Nef d’avril

Trouville

Composition de Cochonfucius

Ce lourd vaisseau d’avril parcourt les mers glacées ;
Les riches passagers sont des hommes bien mis,
Les frêles matelots vont, comme des fourmis,
D’un pont à l’autre pont, d’une allure empressée.

Nul ne sait plus par qui la route fut tracée,
Le trajet quotidien semble au hasard soumis ;
Tous ceux qui sont à bord ont dit : « À Dieu remis,
Jusqu’ici, l’excursion s’est toujours bien passée ».

Du poisson leur suffit pour apaiser leur faim ;
Ce ne sont pas des coeurs craignant les lendemains,
À bien des inconforts, ils savent tenir tête.

Neptune, semble-t-il, les guette, cependant :
Il éprouve, à l’avance, un plaisir évident
À contempler la nef au coeur d’une tempête.