Clavier préhistorique

Remington

J’avais ce bel outil posé sur une table :
Machine sur laquelle on tapait, pour de bon !
C’était plus amusant qu’apprendre des leçons,
Les gestes étaient ceux d’un auteur véritable.

Certes, ma main, parfois, écrivait dans les marges :
C’était pour prolonger ce jeu de l’écrivain
Qui retouche son oeuvre, et ce n’est point en vain :
La page s’embellit de ces fines surcharges.

Même, j’avais chargé un rouleau de papier
(Pris au téléscripteur) de nourrir la machine ;
Et, patient comme sont les scribes de la Chine,
Je le couvrais de texte, et j’y prenais mon pied.

Tout est loin, vieux clavier, vieux écrits, tout s’efface ;
Je n’ai rien conservé de ces balbutiements
Dont peut-être, plus tard, j’écrirai le roman,
Car mon esprit, sans doute, en conserve la trace.