Héphaïstos, Hadès et Dionysos

fleurs-de-mai

Peinture chinoise

Héphaïstos, qui croit son épouse friponne,
N’en souffre pas beaucoup, car lui-même est sournois ;
Donc, aussitôt qu’Éros de son dard l’aiguillonne,
Il ouvre sur sa table un vieux livre chinois.
Contemplant les portraits de mille anges femelles,
Il révise l’amour, et le plaisir des yeux.
Son coeur étant ému surtout par les pucelles,
Il imite Diogène, alors qu’il est un dieu.

Le plaisir de Vulcain n’est point si ridicule
(D’autant qu’il est produit de charmante façon) ;
Héraklès, qu’on appelle en maints endroits « Hercule »,
A dit en le voyant : « Tu fais bien, vieux barbon ;
Quant à moi, je préfère une muse salace
Qui de mes attributs me rende glorieux.
Héphaïstos, ma main ne va point sur tes traces,
J’aime l’amour viril, puisque je suis un dieu. »

Dionysos, plus qu’aimer, veut entrer en ivresse.
Sans compagne il s’endort…
Mais, plus tard, se redresse
Et, ne sachant comment occuper ce temps mort,
Il retourne au cellier pour manger du fromage ;
Après un bon souper, tout le monde va mieux.
Par sa simplicité méritant notre hommage,
Il vit comme un ermite, alors qu’il est un dieu.

Zeus met par-dessus tout l’amitié masculine.
Il prise les marquis et les vaillants barons ;
On dit qu’il a séduit l’empereur de la Chine,
Qu’il faisait tendrement asseoir en son giron.
Ce n’est pas étonnant, car sa nature est bonne,
Et l’on doit s’honorer d’être son amoureux.
Parmi les immortels, il porte la couronne
De roi de l’univers et de seigneur des dieux.

Hadès a de la viande, imposante est sa panse,
Et l’usage il n’a point des travaux fatigants.
Pour lui faire plaisir, les vierges se dépensent ;
Tel un joyeux poète, il n’est point arrogant,
Car son ventre est nourri de tant de vies passées,
Son trésor est garni d’objets de tant de lieux
Qu’il est admiré par une muse empressée.
Il agit comme un riche, alors qu’il est un dieu.

Nous voyons que les dieux ont la tête bien faite.
Ils savent distinguer ce qui pour eux est bon ;
Aussi, n’oublions pas de célébrer leurs fêtes,
Car ils sont nos amis autant que nos patrons.
Ils savent, quand il faut, arranger nos affaires ;
Leur tâche est de comprendre et d’exaucer nos voeux.
Loués soient tous les dieux au sein des atmosphères,
Par nous, et par nos fils et nos petits-neveux.