Bergère et soldat

cimetiere

La belle au capitaine a donné l’anneau d’or ;
Qu’il est fier, l’officier, d’une telle victoire !
Le soldat lui en veut ; or (la chose est notoire),
C’est au sabre qu’on tranche un pareil désaccord.

Le soldat, contemplant son capitaine mort,
Comprend que son action n’a rien de méritoire :
Qu’on fasse une chanson de cette brève histoire,
Cela n’adoucit point la rigueur de son sort.

La bergère à ces deux désirs était en proie ;
Désirs d’hommes dont l’âme et le sabre guerroie,
Le métier de soldat, certains jours, est impur.

Pour le fier capitaine, à l’église, un grand cierge ;
Pour l’amant fusillé, le dos contre le mur,
Un pleur au coin de l’oeil de l’innocente vierge.