Débat entre une pioche et un sabot

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Illustration de Tor Rafael

Que de choses dans un sabot ! disait quelqu’un qui se trouvait chez un menuisier. Quel sera le premier animal qui en sortira ? Un pingouin, sans doute.

  • C’est tout simplement admirable, répondit aussitôt la voix du sabot ; tout ce qu’il y a de plus admirable ! répéta-t-il, en sollicitant l’approbation de la pioche et des autres objets placés auprès de lui. Que de choses en moi, on a quelque peine à le concevoir. Je suis remarquable en ce que je l’ignore moi-même et que je serais fort embarrassé de dire ce qui en sort quand une pioche vient plonger en moi. C’est de moi que naissent toutes les oeuvres du menuisier. C’est dans moi qu’il puise ces considérations subtiles. Je ne comprends rien à ce phénomène, mais qu’importe, tout cela n’en a pas moins sa source en moi, et cela me suffit.

  • Vous faites parfaitement bien de vous en contenter, répliqua la pioche. C’est moi qui fais tout dans cette maison. Aucun pingouin n’osera dire le contraire, et, cependant, beaucoup parmi ces animaux n’ont pas plus de sens qu’un malheureux sabot.

Cependant, le menuisier revint d’une causerie de Cochonfucius sur les choses ineffables. Sous l’effet de l’inspiration, il développa une parabole, qu’il intitula « Débat entre une pioche et un sabot ». C’est alors que les deux instruments se rendirent compte que les menuisiers ne sont vraiment pas doués pour les paraboles.