Comme un goût de Curare

Bouguereau139

Toile de  William Bouguereau 

Muse, faisons la trêve,
Notre impossible amour
Empoisonnait nos rêves
Chaque nuit, chaque jour.

Non pas des rêves bleus,
Mais longs et frémissants
Cauchemars, dont les cieux
Roulent un mauvais vent.

Hier soir, nous étions ivres.
Reprenons nos drapeaux,
Notre folie de vivre,
Nos deux trésors de mots.

Une chance sur mille
Pour que nos deux coeurs nus
Se rencontrent en ville,
L’un pour l’autre, statue.

Perdant mes oriflammes,
Je fuis dans les lointains;
L’éclat blanc de mes larmes
Embellit mes matins.

L’horizon est livide,
Les rêves séparés,
Les jours, les nuits sont vides,
Le temps assassiné.

Ce poème est fini;
Je n’ai plus qu’à me taire.
Ce soir il fera nuit…
Priez pour moi, mes frères.

Il nous reste l’amour,
Car il n’est jamais las.
Et s’il nous joue des tours,
Ouvrons-lui donc nos bras.