Arthur et Paul

Homocrónicas - Paul Cadmus (1951) - Manikins

Toile de Paul Cadmus

Arthur Rimbaud dormait. Verlaine sommeillait.
Ils étaient là, couchés, tous deux, comme des frères,
S’en allant explorer un univers moins laid,
Ou du moins, plus conforme à leurs vives prières.

Leurs beaux alexandrins planaient dans l’air léger ;
Les oiseaux les disaient aux arbres des bocages
Qui prenaient un grand soin à toujours ombrager
Ces deux poètes nus, allongés sur l’herbage.

La scène eût pu choquer par quelque crudité ;
Mais puisqu’elle avait lieu dans cette innocente heure
Où le monde ne sait que vivre la bonté,
Nul passant ne trouvait péril en la demeure.

La barbe de Verlaine et les beaux cheveux blonds
De Rimbaud se mêlaient en un flot pacifique ;
Verlaine, ainsi que Booz auprès de ses sillons,
Rimbaud, pareil à Ruth enivrée de musique,

Celle que joue un ange en la Bible. Écoutez,
L’ange n’est pas tout seul, ils sont toute une troupe ;
Ils ont marché longtemps, leurs pieds sont esquintés,
Ce soir, Dieu leur devra double ration de soupe.

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