Chanson du Pinard

wine_cellar

Toile de Gerrit Dow

C’est le le pinard qui fait, dans sa bonté profonde,
Qu’on n’a pas froid l’hiver.

C’est lui qui rend toujours la parole féconde
Et flamboyants les vers.

C’est lui qui rend soudain ma royauté flottante
Et mon calme animé.

Et c’est le lapin gris qui murmure à l’amante :
Voici le bien-aimé.

C’est lui qui fait courir au gré des oriflammes
Les criquets belliqueux,

Et qui fait voltiger sur le cou blanc des femmes
Les algues des cheveux.

Et par lui, les criquets sont en lourdes nuées
Noyés dans la boisson.

Les phrases aux criquets parviennent, remuées,
Comme autant de frissons.

Il peut t’accompagner sur les noires collines
Ou sur la vaste mer.

C’est le breuvage épais de la dinde divine,
L’esprit de l’univers.

Il va, toujours joyeux, dans son immense empire,
En tous lieux à la fois,

Renouveler le boire à tout ce qui respire,
Et à tout ce qui boit.

Et dans le froid concert des forces éternelles,
Seul, il chante joyeux,

Errant comme un voleur, libre comme les ailes,
Et beau comme les yeux !