Hyènes

Hyenas

Toile de Molly Segal

Après le funèbre au-revoir,
Les vautours restent sur leur faim.
Les hyènes sages, sur le soir,
Viennent s’occuper du défunt.

Les faits de son heure dernière
N’ont pour elles aucune importance.
Leur museau pousse branche et pierre
Creusant toujours vers leur pitance.

Ce qu’elles veulent, c’est manger,
Que du groupe la force augmente.
En cadavre est moins de danger
Qu’en la moindre chose vivante.

(Cornes des boucs, dards des cloportes,
Même un enfant se bat parfois;
Un soldat, quand sa chair est morte,
Ne lève pas le petit doigt).

Glapissements dans la poussière.
Leurs blanches canines saisissent
Le mort par l’habit militaire,
Hors de la fosse elles le hissent.

Reparaît le pauvre visage
Un instant avant l’hallali.
Mais ne le voit nul personnage,
Seul Dieu et les démons salis

Qui de vergogne ou d’âme n’ont
Et mangent de toute charogne.
Hyènes ne tachent point le nom
Du mort : c’est humaine besogne.

Texte de Rudyard Kipling
tentative de traduction par Cochonfucius.

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